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1. Présentation de la séquence.
Classe ordinaire de Seconde, 29 élèves, deuxième trimestre de l'année scolaire. Objectifs :
Intérêt :
Démarche :
Préparation : En classe : N. B. : La démarche d'ensemble est présentée avant la première séance ; l'ensemble des consignes est présenté au début de la deuxième séance.
Le texte de la première séance : ALCESTE Non : elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance, on voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès : Au travers de son masque, on voit à plein le traître ; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ; Et ses roulements d'yeux et son ton radouci N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde, Et que par eux son sort de splendeur revêtu Fait gronder le mérite et rougir la vertu. Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne, Son misérable honneur ne voit pour lui personne ; Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit, Tout le monde en convient, et nul n'y contredit. Cependant sa grimace est partout bienvenue : On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ; Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer, Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter. Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures, De voir qu'avec le vice on garde des mesures ; Et parfois il me prend des mouvements soudains De fuir dans un désert l'approche des humains. (acte I, scène 1, v. 118 à 144) Les axes du travail d'analyse effectué en classe :
Rappel : Boileau, L'Art poétique : Il n'est pas de serpent, ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.
1°) On voit, dans les passages des vers 118 à 144, quAlceste éprouve de la haine envers la société : Alceste Non : elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance, on voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès : Au travers de son masque, on voit à plein le traître ; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ; Et ses roulements d'yeux et son ton radouci N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde, Et que par eux son sort de splendeur revêtu Fait gronder le mérite et rougir la vertu. Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne, Son misérable honneur ne voit pour lui personne ; Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit, Tout le monde en convient et nul n'y contredit. Cependant, sa grimace est partout bienvenue, On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ; Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer, Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter. Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures, De voir qu'avec le vice on garde des mesures ; Et parfois il me prend des mouvements soudains De fuir dans un désert l'approche des humains. (I,1, 118-144) Mais, individuellement, il peut tomber amoureux de quelquun comme Célimène, dont il est fou amoureux. Il peut aussi avoir des amis, comme Philinte, même sil est souvent en désaccord avec lui. Donc on peut dire quil est misanthrope envers le genre humain. Mais, à de rares occasions, il peut aimer quelquun. 2°) Alceste est le personnage principal de la pièce de Molière Le Misanthrope. Il a un caractère complexe, il est droit, sincère, estimable, c'est un véritable homme de bien. Il conteste l'ensemble des murs de son temps et déclare même éprouver une effroyable haine pour la nature humaine. Bien qu'il paraisse ridicule, il dit des choses justes. En refusant le jeu mondain de la politesse et de la flatterie, il remet en question l'art de plaire, qui définit au XVIIe siècle l'idéal social de "l'honnêteté". Citation : Acte IV, scène 2 ; vers 1220-1244 : ALCESTE J'ai ce que sans mourir je ne puis concevoir. Et le déchaînement de toute la nature Ne m'accablerait pas comme cette aventure. C'en est fait Mon amour... Je ne saurais parler. ÉLIANTE Que votre esprit un peu tâche à se rappeler. ALCESTE Ô juste Ciel ! faut-il qu'on joigne à tant de grâces Les vices odieux des âmes les plus basses ? ÉLIANTE Mais encor qui vous peut... ? ALCESTE Ah ! tout est ruiné ; Je suis je suis trahi, je suis assassiné : Célimène... Eût-on pu croire cette nouvelle ? Célimène me trompe et n'est qu'une infidèle. ÉLIANTE Avez-vous, pour le croire, un juste fondement ? PHILINTE Peut-être est-ce un soupçon conçu légèrement, Et votre esprit jaloux prend parfois des chimères... ALCEste Ah, morbleu ! mêlez-vous, Monsieur, de vos affaires. C'est de sa trahison n'être que trop certain, Que de l'avoir, dans ma poche, écrite de sa main. Oui, Madame, une lettre écrite pour Oronte A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte. Oronte, dont j'ai cru qu'elle fuyait les soins, Et que de mes rivaux je redoutais le moins. PHILINTE Une lettre peut bien tromper par l'apparence, Et n'est pas quelquefois si coupable qu'on pense. ALCESTE Monsieur, encore un coup, laissez-moi s'il vous plaît, Et ne prenez souci que de votre intérêt. Alceste apprend qu'il est trompé par Célimène, il se sent trahi, désespéré. Il souffre. Il croit aimer Célimène en dépit de sa coquetterie, mais il ne l'aime que parce qu'elle est coquette. Tout se passe comme si, en cédant à la fascination de Célimène, Alceste cédait à la fascination de l'échec : à la contradiction pour un misanthrope d'être amoureux. 3°) La misanthropie fait souffrir Alceste, mais sil est misanthrope cest un peu à cause de sa souffrance. Le passage des vers 1757 à 1784 nous le montre bien. alceste Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits. J'en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d'une faiblesse 0ù le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre cur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains, Et que dans mon désert, où j'ai fait vu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre. C'est par là seulement que, dans tous les esprits, Vous pouvez réparer le mal de vos écrits, Et qu'après cet éclat, qu'un noble cur abhorre, II peut m'être permis de vous aimer encore. célimène Moi, renoncer au monde avant que de vieillir, Et dans votre désert aller m'ensevelir ! alceste Et s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde ? Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents ? célimène La solitude effraye une âme de vingt ans Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte, Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. Si le don de ma main peut contenter vos vux, Je pourrai me résoudre à serrer de tels nuds ; Et l'hymen ALCESTE Non, mon cur à présent vous déteste, Et ce refus à lui seul fait plus que tout le reste. Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux, Pour trouver tout en moi comme moi tout en vous, Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage De vos indignes fers pour jamais me dégage. (V, 4, 1757 - 1784) Il demande à Célimène si elle veut se retirer avec lui dans son désert, mais trop jeune pour vivre en solitude, elle refuse. Alceste en souffre et va tout compte fait tout seul dans son désert. La souffrance entraîne donc la misanthropie chez le personnage dAlceste. Conclusion Alceste est misanthrope, ce qui le fait souffrir. Et sa souffrance renforce sa misanthropie, ce qui augmente sa souffrance. La psychologie dAlceste forme donc un cercle vicieux.
1 - Portrait de Célimène. Je vais vous présenter le portrait de Célimène.
Célimène est une jeune veuve de 20 ans : La solitude effraye une âme de vingt ans (Acte V, scène 4, vers 1774) Elle est belle, libre, coquette, gracieuse : Elle se fait aimer ; Sa grâce est la plus forte ; (Acte I, scène 1, vers 232-233).
Le personnage de Célimène est un personnage construit autour du désir de paraître. Elle a besoin dune nombreuse compagnie, elle veut absolument plaire et fait tout pour parvenir à ses fins (Arsinoé le dit acte III, scène 4, vers 889 et 890 : Cette foule de gens dont vous souffrez visite, Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite). Elle est égoïste, car elle veut garder tous ses soupirants, et ne veut pas choisir entre eux. Elle est aussi dune grande perfidie, car elle a un esprit médisant (Philinte en parle acte I, scène 1, vers 219 : De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant). Cest une personne à laquelle on ne peut guère se fier : lépisode de la lettre nous montre de quelle manière elle se moque de ses soupirants. Elle vit ses relations comme un jeu : en même temps quelle écrit au Marquis, elle augmente les espérances dAlceste. Elle affiche son goût du monde (Acte V, scène 4, vers 1769-1770 : Moi, renoncer au monde avant que de vieillir, Et dans votre désert aller m'ensevelir ! ). Cest une maîtresse de maison, dotée dun bon sens et dune ferme autorité. 2 - Rapports de Célimène avec les hommes et les femmes. Célimène a 20 ans et aime séduire. Ses sentiments ne sont sincères pour personne. Pour entretenir chacun dans lillusion dêtre aimé, elle se moque de ses rivaux. Les hommes attendent de se marier avec elle. Alceste espère bien corriger son autorité. Arsinoé donne limpression de ne pas laimer en remettant la preuve quelle trompe Alceste. Amour / Amitié La conception de Célimène saffirme, selon laquelle les faux semblants amoureux font partie de la vie sociale, et peuvent être exploités pour favoriser ses intérêts. Elle le signale à Alceste lorsque, parlant dAcaste, elle déclare, acte II, scène 2, vers 547-548 : Et jamais, quelque appui qu'on puisse avoir d'ailleurs, On ne doit se brouiller avec ces grands brailleurs. La scène 1 constitue une scène dexplication entre Alceste et Célimène. Elle est composée de tirades relativement longues qui permettent aux deux personnages dexposer leur conception de lamour. Alceste se plaint des nombreux soupirants de Célimène. La coquette, tout en protestant de son amour pour le misanthrope, refuse de se couper du monde et considère que son devoir et son intérêt exigent de sa part une attitude de compréhension envers tous : elle ne peut briller à la cour que si elle montre un abord séduisant. Le comique vient pimenter le sérieux de cette confrontation, grâce à deux comportements paradoxaux dAlceste. Ennemi de la médisance, il peint le portrait cruel dun de ses rivaux, Clitandre, amoureux de Célimène : il lui affirme quil fait en vain tous ces efforts pour ne plus laimer. Célimène et Alceste ne reparaissent plus jamais ensemble sur scène. Aux scènes II et III, elle subit les importunités dAcaste et de Clitandre qui ont décidé un affrontement amoureux pacifique. Elle affronte sa rivale Arsinoé. La prude est également présente scène 5, où elle essaie de séduire Alceste, qui nest donc sur le théâtre que dans une seule scène de cet acte. 3 - Est-ce que Célimène est sincère ?
Célimène flatte ses soupirants car elle peut avoir besoin d'eux : Mon Dieu ! de ses pareils la bienveillance importe. Et ce sont de ces gens qui, je ne sais comment, Ont gagné dans la Cour de parler hautement. Dans tous les entretiens on les voit s'introduire. Ils ne sauraient servir, mais ils peuvent vous nuire ; Et jamais, quelque appui qu'on puisse avoir d'ailleurs, On ne doit se brouiller avec ces grands brailleurs. (Acte II, scène 3, vers 542 à 548) Cela nous montre qu'elle joue avec les sentiments des gens. L'épisode de la lettre nous montre qu'elle n'est pas sincère envers ses soupirants. Cela ne la gêne pas, on peut même dire que cela l'amuse. Célimène est l'incarnation même de l'hypocrisie, car elle ne dit pas à la personne concernée ce qu'elle pense réellement delle.
Par contre, elle dit avec sincérité ce qu'elle pense des gens, notamment lorsqu'elle fait leur portrait à une autre personne. Exemple : la description d'Arsinoé à Alceste : Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien ! Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre : Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire, Et la stérilité de son expression Fait mourir à tous coups la conversation. En vain, pour attaquer son stupide silence, De tous les lieux communs vous prenez l'assistance : Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt. Cependant, sa visite, assez insupportable, Traîne en une longueur encore épouvantable ; Et l'on demande l'heure, et l'on bâille vingt fois, Qu'elle grouille aussi peu qu'une pièce de bois. (Acte II, scène 4, vers 604 à 616)
On peut s'interroger sur la réalité de ses sentiments et de sa sincérité envers Alceste. (cf. acte I, scène 1, vers 501 à 503 : dans cet extrait, Célimène dit sans hésiter ce qu'elle ressent envers lui : ) ALCESTE Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie, Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ? célimène Le bonheur de savoir que vous êtes aimé. 4 - Sa fonction, son rôle et son but. Célimène incarne le second rôle dans Le Misanthrope. Elle défend la liberté féminine, la coquetterie et la galanterie en revendiquant son affection pour Oronte.
Elle pratique la morale dÉpicure. Lépicurisme est un système philosophique fondé principalement sur les enseignements du philosophe grec Épicure. La thèse fondamentale de lépicurisme présente le plaisir comme le bien suprême et le but ultime de la vie. Mais les relations amoureuses de Célimène restent un jeu (acte V, scène 4 : la scène des billets). Le rôle de Célimène est le rôle le plus intéressant du point de vue théâtral, celui qui apporte le plus deffets. Elle nous montre également que lon peut se détacher de la tradition, par exemple lorsquelle refuse, pour des raisons personnelles, de se marier avec Alceste et de partir dans le désert (acte V, scène 4, vers 1774). Elle pratique laveu indirect, cest-à-dire quelle fait dire des choses par lintermédiaire de quelquun, ou les fait sous-entendre : (vers 503 ; vers 1397-1398). On peut reconnaître chez elle pas mal de finesse. Elle a pour fonction dattirer les rieurs de son côté car il ny a pas beaucoup doccasions de rire dans la pièce et pour beaucoup de ces situations-là il se trouve que cest elle qui les apporte. Son rôle est donc perçu par les spectateurs. On constate que sans elle il ny aurait pas dhistoire. De plus on peut parler dune exception à la règle car elle nest pas sous la tutelle dun mari ou dun père et Alceste est misanthrope mais elle est amoureuse de lui. Pour conclure, sa principale fonction est de rendre jaloux ses amants car elle a besoin de se faire aimer mais aussi de savoir quelle lest : CÉLIMÈNE Mais de tout l'univers vous devenez jaloux. ALCESTE C'est que tout I'univers est bien reçu de vous. CÉLIMÈNE C'est ce qui doit rasseoir votre âme effarouchée, Puisque ma complaisance est sur tous épanchée ; Et vous auriez plus lieu de vous en offenser, Si vous me la voyiez sur un seul ramasser. ALCESTE Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie, Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ? CÉLIMÈNE Le bonheur de savoir que vous êtes aimé. ALCESTE Et quel lieu de le croire a mon cur enflammé ? CÉLIMÈNE Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire, Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire. ALCESTE Mais qui m'assurera que, dans le même instant, Vous n'en disiez peut-être aux autres tout autant ? CÉLIMÈNE Certes, pour un amant, la fleurette est mignonne, Et vous me traitez là de gentille personne. Hé bien ! pour vous ôter d'un semblable souci, De tout ce que j'ai dit je me dédis ici, Et rien ne saurait plus vous tromper que vous-même : Soyez content. ALCESTE Morbleu ! faut-il que je vous aime ! Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cur, Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur ! Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible À rompre de ce cur I'attachement terrible ; Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici, Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi. CÉLIMÈNE Il est vrai, votre ardeur est pour moi sans seconde. ALCESTE Oui, je puis là-dessus défier tout le monde. Mon amour ne se peut concevoir, et jamais Personne n'a, Madame, aimé comme je fais. CÉLIMÈNE En effet, la méthode en est toute nouvelle, Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ; Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur, Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur. ALCESTE Mais il ne tient qu'à vous que mon chagrin se passe. À tous nos démêlés, coupons chemin, de grâce, Parlons à cur ouvert, et voyons d'arrêter (Acte II, scène 1, vers 495 à 534). 1 - Acaste et Clitandre Je vais étudier avec vous la critique des murs à travers les personnages dAcaste et de Clitandre. Nous allons lire dès maintenant lacte III scène 1, où ces deux personnages sont seuls en scène. Acaste et Clitandre représentent en fait dans Le Misanthrope de Molière les petits marquis. Ces petits nobles ont pour intérêt la mode, leur apparence physique, et leur prestation auprès du roi. Acaste et Clitandre sont toujours ensemble, ils ont la même attitude, ils sont en fait interdépendants. Ce sont le ridicule des petits marquis. Exemples : Vers 781 à 804 : ACASTE Parbleu ! Je ne vois pas, lorsque je m'examine, Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine. J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison Qui se peut dire noble avec quelque raison ; Et je crois, par le rang que me donne ma race, Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe. Pour le cur, dont sur tout nous devons faire cas, On sait, sans vanité, que je n'en manque pas, Et l'on m'a vu pousser, dans le monde, une affaire, D'une assez vigoureuse et gaillarde manière. Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût à juger sans étude et raisonner de tout, à faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre, Figure de savant sur les bancs du théâtre, Y décider en chef, et faire du fracas à tous les beaux endroits qui méritent des has. Je suis assez adroit ; j'ai bon air, bonne mine, Les dents belles surtout, et la taille fort fine. Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter, Qu'on serait mal venu de me le disputer. Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être, Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître. Je crois qu'avec cela, mon cher Marquis, je crois Qu'on peut, par tout pays, être content de soi. Acaste fait son autoportrait, ce qui lui donne une grande autosatisfaction. Ainsi, vers 797 à 798 : Je suis assez adroit ; jai bon air, bonne mine, Les dents belles surtout, et la taille fort fine. Pour conclure, on peut dire que leur occupation essentielle réside dans les intrigues amoureuses et justement ce sont des rivaux loyaux qui savent faire preuve de mesquinerie. À la fin de la pièce, ils nhésiteront pas à montrer leur mépris pour Célimène. Mais leurs nombreux points communs et leur interdépendance font deux une sorte de couple de jumeaux. Ce qui a pour effet une perte dindividualité. 2 - Oronte Je vais vous présenter un des personnages du Misanthrope : Oronte. Pour cela, voici un sonnet : (Acte I, scène 1, vers 315 à 332). ORONTE PHILINTE Je suis déjà charmé de ce petit morceau. ALCESTE Quoi ? vous avez le front de trouver cela beau ? ORONTE Philinte Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont mises ! ALCESTE Morbleu ! vil complaisant ! vous louez des sottises ? ORONTE Maintenant, je vais montrer quOronte est un poète ridicule, et peu doué. Le personnage dOronte est un autre exemple de personnages ridicules chers à Molière, comme lest Trissotin dans Les Femmes Savantes. Puis, voici la critique dOronte à travers les autres personnages de la pièce : Et pour l'homme à la veste, qui s'est jeté dans le bel esprit et veut être auteur malgré tout le monde, je ne puis me donner la peine d'écouter ce qu'il dit ; et sa prose me fatigue autant que ses vers. Mettez-vous donc en tête que je ne me divertis pas toujours si bien que vous pensez ; que je vous trouve à dire plus que je ne voudrais, dans tes les parties où l'on m'entraîne ; et que c'est un merveilleux assaisonnement aux plaisirs qu'on goûte que la présence des gens qu'on aime. (acte V, scène 4, scène des billets). Oronte a écrit un sonnet sur les précieuses. Dans ce dernier Philis, une précieuse, apparaît deux fois. Ce sonnet plaît aux précieuses, même sil est mauvais. En fait Molière se moque des précieuses à travers le personnage dOronte. Cependant, il a tort de le faire car la préciosité est un mouvement démancipation des femmes. 3 - Arsinoé Arsinoé constitue lexemple même de la fausse sincère : la sincérité nest pour elle quun moyen pour faire éclater toute sa méchanceté. Témoin ce passage de lacte III, scène 4, du vers 878 au vers 912. Il nest pas nécessaire, Madame. Lamitié doit surtout éclater Aux choses qui le plus nous peuvent importer ; Et comme il nen est point de plus grande importance Que celles de lhonneur et de la bienséance, Je viens, par un avis qui touche votre honneur, Témoigner lamitié que pour vous a mon cur. Hier, jétais chez des gens de vertu singulière, Où sur vous du discours on tourna la matière ; Et là, votre conduite, avec ses grands éclats, Madame, eut le malheur quon ne la loua pas. Cette foule de gens dont vous souffrez visite, Votre galanterie, et les bruits quelle excite Trouvèrent des censeurs plus quil naurait fallu, Et bien plus rigoureux que je neusse voulu. Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre : Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre, Je vous excusai fort sur votre intention, Et voulus de votre âme être la caution. Mais vous savez quil est des choses dans la vie Quon ne peut excuser, quoiquon en ait envie ; Et je me vis contrainte à demeurer daccord Que lair dont vous vivez vous faisait un peu tort, Quil prenait, dans le monde, une méchante face, Quil nest conte fâcheux que partout on en fasse, Et que, si vous vouliez, tous vos déportements Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements. Non que jy croie, au fond, lhonnêteté blessée : Me préserve le Ciel den avoir la pensée ! Mais aux ombres du crime on prête aisément foi, Et ce nest pas assez de bien vivre pour soi. Madame, je vous crois lâme trop raisonnable, Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, Et pour lattribuer quaux mouvements secrets Dun zèle qui mattache à tous vos intérêts. On peut donc dire quArsinoé est de ces âmes qui, sous le prétexte de rendre service, viennent avertir les intéressés des fâcheuses rumeurs qui courent sur leur compte. Et cet état desprit fait que lon nest guère surpris de voir à tous ces traits de caractère négatifs sajouter la mesquinerie. Elle incarne une version extrême de lhypocrisie sociale.
à la première lecture, lhypocrisie apparaît comme sociale. Elle touche les personnages sur tous les plans, aussi bien sur les sentiments que sur le simple fait de ne pas dire à quelquun ce quon pense vraiment. Définition du dictionnaire : Attitude qui consiste à cacher ses sentiments et à montrer des qualités quon n'a pas. Le personnage dAlceste. Il est vantard et se considère comme un honnête homme. à force de vouloir jouer les champions de la sincérité, il se cause des ennuis. Sans le savoir Alceste est hypocrite par conséquent, il lest tout le temps. On pourrait appeler cela de lhypocrisie sociale. ALCEste Monsieur, cette matière est toujours délicate, Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte. Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom, Je disais, en voyant des vers de sa façon, Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements Qu'on a de faire éclat de tels amusements ; Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages, On s'expose à jouer de mauvais personnages. ORONTE Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'ai tort de vouloir...? ALCEste Je ne dis pas cela ; Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme, Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme, Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants côtés. ORONTE Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire? ALCESTE Je ne dis pas cela ; mais, pour ne point écrire, Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps, Cette soif a gâté de fort honnêtes gens. ORONTE Est-ce que j'écris mal ? et leur ressemblerais-je ? ALCESTE Je ne dis pas cela ; mais enfin, lui disais-je, Quel besoin si pressant avez-vous de rimer ? Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ? Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre, Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre. Croyez-moi, résistez à vos tentations, Dérobez au public ces occupations ; Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme, Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme, Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur, Celui de ridicule et misérable auteur. C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre. ORONTE Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...? (Acte I, scène 2, v. 341 à 375.) Philinte est différent dAlceste pourtant cest son ami. Lui est épris déliante et pourtant il la croit digne de lamour dAlceste et quand celui-ci est résolu à quitter Célimène pour éliante, il ne lui dit pas quil est épris delle. Il nest pas hypocrite sur tout et pour tout mais en ce qui concerne éliante, il lest. Célimène, elle, a une hypocrisie beaucoup plus centrée. Elle nest hypocrite quen ce qui concerne Alceste et Oronte, en fait elle joue un double jeu avec eux puisque ni lun ni lautre ne soupçonnent quelle a deux amants. Oronte étant plus platonique quAlceste. Ce qui les amène à la fin de la pièce à poser un ultimatum du style : cest lui ou moi, maintenant il faut choisir. Quant à Arsinoé, son hypocrisie est encore plus centrée car elle ne concerne que Célimène. Elle trahit celle-ci juste pour quAlceste la quitte et vienne avec elle. Mais en même temps, son hypocrisie est plus profonde, elle joue sur les sentiments des personnages : elle les détourne. ARSINOÉ Laissons, puisqu'il vous plaît, ce chapitre de cour ; Mais il faut que mon cur vous plaigne en votre amour ; Et pour vous découvrir là-dessus mes pensées, Je souhaiterais fort vos ardeurs mieux placées. Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plus doux, Et celle qui vous charme est indigne de vous. ALCESTE Mais, en disant cela, songez-vous, je vous prie, Que cette personne est, Madame, votre amie? ARSINOÉ Oui ; mais ma conscience est blessée en effet De souffrir plus longtemps le tort que l'on vous fait ; L'état où je vous vois afflige trop mon âme, Et je vous donne avis qu'on trahit votre flamme. ALCESTE C'est me montrer, Madame, un tendre mouvement, Et de pareils avis obligent un amant ! ARSINOÉ Oui, toute mon amie, elle est et je la nomme Indigne d'asservir le cur d'un galant homme ; Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs. ALCESTE Cela se peut, Madame : on ne voit pas les curs ; Mais votre charité se serait bien passée De jeter dans le mien une telle pensée. ARSINOÉ Si vous ne voulez pas être désabusé, Il faut ne vous rien dire, il est assez aisé. ALCESTE Non ; mais sur ce sujet quoi que l'on nous expose, Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose ; Et je voudrais, pour moi, qu'on ne me fît savoir Que ce qu'avec clarté l'on peut me faire voir. ARSINOÉ Hé bien ! c'est assez dit ; et sur cette matière Vous allez recevoir une pleine lumière. Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi : Donnez-moi seulement la main jusque chez moi ; Là je vous ferai voir une preuve fidèle De l'infidélité du cur de votre belle ; Et si pour d'autres yeux le vôtre peut brûler, On pourra vous offrir de quoi vous consoler. (Acte III, scène V, v.1100 à 1132) Après létude de lhypocrisie des personnages, on saperçoit quil ny a pas que de " lhypocrisie sociale " mais aussi de " lhypocrisie mesurée " qui est centrée sur les sentiments que les personnages éprouvent. 1 Quest-ce quun misanthrope ? On pourrait définir un misanthrope comme quelquun qui hait le genre humain (acte I, scène 1, v. 113 et 114: PHILINTE Vous voulez un grand mal à la nature humaine ! ALCESTE Oui : j'ai conçu pour elle une effroyable haine.), qui fuit la société, qui est dhumeur bourrue cest-à-dire dhumeur triste et chagrine (acte I, scène 1, v. 91 : J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond). Alceste fait en effet preuve de ces caractéristiques dans la pièce. Il ne veut pas partager, il souhaite vivre pour lui (acte I, scène 1, v. 96 : mon dessein Est de rompre en visière à tout le genre humain). Il veut avoir le pouvoir et cest à ce niveau que se situe sa misanthropie en plus de sa haine pour le genre humain. On pourrait quand même lui accorder la qualité dêtre franc : PHILINTE Serait-il à propos et de la bienséance De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ? Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît, Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ? ALCESTE Oui. (acte I, scène 1, v. 77 à 81). Alceste dit ce quil pense sans passer par quatre chemins. Alceste se moque des remarques quon peut lui faire et de ce que les gens peuvent penser de lui : PHILINTE Je vous dirai tout franc que cette maladie, Partout où vous allez, donne la comédie Et qu'un si grand courroux contre les murs du temps Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens. ALCESTE Tant mieux, morbleu, tant mieux ! C'est ce que je demande. (acte I, scène 1, v. 105 à 109). Pour montrer à quel point Alceste éprouve de la haine, je vais vous lire un extrait de lacte I, scène 1, v. 105 à 120 : PHILINTE Je vous dirai tout franc que cette maladie, Partout où vous allez, donne la comédie Et qu'un si grand courroux contre les murs du temps Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens. ALCESTE Tant mieux, morbleu, tant mieux ! C'est ce que je demande. Ce m'est un fort bon signe, et ma joie est grande : Tous les hommes me sont à tel point odieux, Que je serais fâché d'être sage à leurs yeux. PHILINTE Vous voulez un grand mal à la nature humaine ! ALCESTE Oui : j'ai conçu pour elle une effroyable haine. PHILINTE Tous les pauvres mortels, sans nulle exception, Seront enveloppés dans cette aversion ? Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes ALCESTE Non : elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Les autres, pour être aux méchants complaisants. Certes Alceste est misanthrope dune certaine façon, mais il en est conscient. Il souffre notamment de son amour pour Célimène. À présent, on va justement parler de cet amour. 2 - Lamour dAlceste pour Célimène Malgré sa misanthropie, Alceste éprouve de très forts sentiments pour Célimène, qui sont réciproques. Alceste ne voudrait la quitter pour rien au monde et serait capable de tout pour elle. Ne pouvant continuer à vivre ainsi, il décide de le lui avouer, en retour il en attend autant de sa part mais elle nest pas vraiment sincère. Célimène lui reproche de ne pas laimer comme elle le souhaiterait : CÉLIMÈNE Non : vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime ! (acte IV, scène 4, v. 1421) ; la cause en est sa jalousie et sa possessivité : ALCESTE Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable Que vous fussiez réduite en un sort misérable. (acte IV, scène 4, v. 1425 et 1426). Afin dillustrer cette idée, jai choisi lextrait du v. 514 au v. 531 dans lacte II, scène 1 : ALCESTE Morbleu ! Faut-il que je vous aime ! Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cur, Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur ! Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible à rompre de ce cur l'attachement terrible ; Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici, Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi. CÉLIMÈNE Il est vrai : votre ardeur est pour moi sans seconde ! ALCESTE Oui, je puis là-dessus défier
tout le monde. Personne n'a, Madame, aimé comme je fais. CÉLIMÈNE En effet, la méthode en est toute nouvelle, Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ; Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur, Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur. ALCESTE Mais il ne tient qu'à vous que son chagrin ne passe. à tous nos démêlés coupons chemin, de grâce, Parlons à cur ouvert, et voyons d'arrêter Pourtant Alceste a déjà reçu de la part de Célimène un aveu : Le bonheur de savoir que vous êtes aimé. (acte II, scène 2, v. 503). Après cela Alceste devrait sestimer heureux mais il exige un aveu aussi fort quil déclare lui-même. 3 Contradiction : Alceste est donc misanthrope et amoureux. Nous arrivons donc devant un phénomène de contradiction, cf. acte IV, scène3, vers 1375 à 1390 :
On pousse ma douleur et mes soupçons à bout, On me laisse tout croire, on fait gloire de tout ; Et cependant mon cur est encore assez lâche Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache, Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris Contre l'ingrat objet dont il est trop épris ! Ah ! que vous savez bien ici, contre moi-même, Perfide, vous servir de ma faiblesse extrême, Et ménager pour vous l'excès prodigieux De ce fatal amour né de vos traîtres yeux ! Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable, Et cessez d'affecter d'être envers moi coupable ; Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent : à vous prêter les mains ma tendresse consent ; Efforcez-vous ici de paraître fidèle, Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle. Alceste et Célimène se querellent à propos de linfidélité de celle-ci, Alceste croit Célimène fidèle, vrai ou faux, il sefforce à avoir confiance en elle malgré tous ses prétendants. V. 515 au v. 520 : lamour dAlceste est plus fort que lui / que sa misanthropie : Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cur, Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur ! Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible à rompre de ce cur l'attachement terrible ; Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici, Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi. V. 516 : rare bonheur pour un misanthrope, cest très rare daimer. Peut-être nest-il pas misanthrope car il est capable daimer. V. 525 au v. 528 : CÉLIMÈNE En effet, la méthode en est toute nouvelle, Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ; Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur, Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur. Célimène dit en fait quil aime les autres pour leur faire querelle (cf. son procès). En fait, Alceste est franc et ne supporte pas les hommes de la cour, qui ne disent pas ce quils pensent. En fait, les autres le considèrent misanthrope pour sa franchise et son orgueil. Il pense que les hommes qui lentourent sont lâches, menteurs, injustes et que la société humaine est mauvaise. Il se propose donc comme un modèle : v. 111 et 112 : Tous les hommes me sont à tel point odieux, Que je serais fâché d'être sage à leurs yeux. V. 1422-1432 : ALCESTE Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême ; Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à vous, Il va jusqu'à former des souhaits contre vous ! Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable, Que vous fussiez réduite à un sort misérable, Que le Ciel, en naissant, ne vous eût donné rien, Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien, Afin que de mon cur l'éclatant sacrifice Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice Et que j'eusse la joie et la gloire, en ce jour, De vous voir tenir tout des mains de mon amour. Il voudrait Célimène pour lui seul, quelle ne soit pas appréciée par la cour, quelle soit comme lui. Problème : v. 503 : Le bonheur de savoir que vous êtes aimé. Or, jamais une femme navouerait aimer un homme, au XVIIème siècle. Cest lengagement le plus grave. Comment un personnage comme Célimène peut aimer un homme comme Alceste ? Alceste est pris dans un masque et il ne peut plus en sortir. Dans le personnage dAlceste il y a un aspect suicidaire, on peut parler de monomaniaque. 4 - Effets et conséquences de cette contradiction Cette double personnalité a des répercussions négatives sur sa vie et sur son état desprit.
Le misanthrope subit à la fois un rejet amoureux et un rejet de la société. Il a tout dabord perdu son procès, puis son cur fut blessé par la trahison de sa bien-aimée, Célimène. En conséquence de cette trahison, Alceste souffre
Alceste éprouvait déjà antérieurement de la haine envers le genre humain ; le procès la amené à sécarter totalement de la société. La seule personne qui le retient alors dans ce monde est Célimène. Étant misanthrope, Alceste néprouve damour que pour elle. Il lui est donc totalement dévoué. Cet amour est profond, entier et extrême, comme il le dit lui-même (acte IV, scène 4, au vers 1422 : Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême !) Il lui offre tout son cur, ne vit que pour elle et à travers elle. Mais celle-ci le trahit, il ne peut vivre cela que comme une terrible déchirure, il se sent assassiné comme il le dit (acte IV, scène3) aux vers 1310 et 1311 : Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage, Percé du coup mortel dont vous m'assassinez. Extrait de lacte IV, scène2 (du vers 1217 au vers1230, puis du vers 1259 au vers 1272). ALCESTE Ah ! faites-moi raison, Madame, d'une offense Qui vient de triompher de tout de ma constance. ÉLIANTE Qu'est-ce donc ? Qu'avez-vous qui vous puisse émouvoir ? ALCESTE J'ai ce que sans mourir je ne puis concevoir ; Et le déchaînement de toute la nature Ne m'accablerait pas comme cette aventure. C'en est fait... Mon amour... Je ne saurais parler. ÉLIANTE Que votre esprit un peu tâche à se rappeler. ALCESTE Ô juste Ciel ! Faut-il qu'on joigne à tant de grâces Les vices odieux des âmes les plus basses ? ÉLIANTE Mais encor qui vous peut ? ALCESTE Ah ! tout est ruiné ; Je suis Je suis trahi ! Je suis assassiné : Célimène Eût-on pu croire cette nouvelle ? Célimène me trompe et n'est qu'une infidèle. ( ) ÉLIANTE Je compatis, sans doute, à ce que vous souffrez, Et ne méprise point le cur que vous m'offrez ; Mais peut-être le mal n'est pas si grand qu'on pense, Et vous pourrez quitter ce désir de vengeance. Lorsque l'injure part d'un objet plein d'appas, On fait force desseins qu'on n'exécute pas : On a beau voir, pour rompre, une raison puissante, Une coupable aimée est bientôt innocente ; Tout le mal qu'on lui veut se dissipe aisément, Et l'on sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant. ALCESTE Non, non, Madame, non : l'offense et trop mortelle, Il n'est point de retour, et je romps avec elle ; Rien ne saurait changer le dessein que j'en fais, Et je me punirais de l'estimer jamais. Analyse de cet extrait : éliante réagit de deux façons face aux sentiments dAlceste. Elle est dabord incrédule (acte IV, scène 2, vers 1219). Cette incompréhension est sûrement due au fait quAlceste, touché par la misanthropie, ne pouvait à son sens pas éprouver de déception amoureuse. Puis éliante éprouve de la compassion pour Alceste (acte IV, scène2, vers 1259). éliante est tentée de croire quAlceste aime, mais on sent quelle nest pas convaincue. Cette compassion nest pas totale, on perçoit un doute dans les paroles déliante. Au vers 1260 (acte IV, scène 2), éliante reconnaît quAlceste peut offrir son cur ; elle présuppose donc quil a du cur. En résumé, on voit une évolution, dans cet extrait, dans la façon dont éliante perçoit Alceste : . elle est dabord incrédule, . puis elle éprouve de la compassion, . enfin, elle présuppose quil a du cur. Les trois facettes de cette évolution nous montrent que petit à petit éliante reconnaît le cur dAlceste, elle reconnaît alors quil est humain On peut aussi faire le rapprochement de cet extrait (du moins du vers 1260 au vers 1269) avec la pièce Les Précieuses Ridicules (acte I, scène1, du vers 10 au vers 41), du même auteur. Dans les deux cas, il sagit dune vengeance. Dans Les Précieuses Ridicules, les deux bourgeois se vengent de leur bien-aimée, qui leur ont fait subir une déception, en les dupant avec leurs valets. Ici, Alceste, victime dune déception par sa bien-aimée, Célimène, veut se venger. Pour cela, il offre son amour à une autre femme qui nest autre quéliante.
Cette souffrance met au jour un aspect suicidaire de sa personnalité. Mais il faut bien comprendre quau XVIIe siècle le suicide nest pas toujours caractérisé par la mort. En effet, vivre au XVIIe siècle cest se montrer, aller à des soirées, faire partie de la société, donc, le fait de senfermer chez soi, de ne plus avoir aucun contact avec le monde est une sorte de suicide : ALCESTE Non : de trop de soucis je me sens l'âme émue. Allez-vous-en la voir, et me laissez enfin Dans ce petit coin sombre, avec mon noir chagrin. (extrait acte V, scène 2, vers 1582-1584). À la fin de la pièce, on nous apprend quAlceste part dans le désert. Mais le désert ce nest pas le Sahara. ça peut être juste le fait quil senferme chez lui, quil na plus de contacts et quil sort de la société afin de devenir inexistant : ALCESTE Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements, L'un pour l'autre à jamais garder ces sentiments ! Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices Et chercher sur la Terre un endroit écarté Où être homme d'honneur on ait la liberté. (extrait de lacte V, scène IV, vers 1801 à 1806).
Peut-être que la destinée dun misanthrope est de se suicider.
Molière utilise le comique dans ses pièces pour exprimer des faits de la vie quotidienne. Il tourne en dérision des actions ou des types de personnes qui se croient supérieures aux autres. Molière se permet de se moquer des personnes vivant à la cour, le pire cest quelles ne sen rendent pas compte et rient en regardant la pièce. Il utilise plusieurs procédés comiques dans cette pièce comme le comique de mots, le comique de double sens, ou encore le comique du burlesque. 1 - Le comique de mots Dans cette comédie sérieuse (idée tragique et forme comique), le comique de mots (jeux de mots) reflète la personnalité des personnages : les manières précieuses du sonnet dOronte, (acte I, scène 2, v. 315-332) : ORONTE : les jurons dAlceste (acte I, scène 2, v.334-335) : ALCESTE : La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable, En eusses-tu fait une à te casser le nez ! ou, à la scène précédente, v. 134-136 : ALCESTE : Son misérable honneur ne voit pour lui personne : Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit, Tout le monde en convient, et nul ne contredit. Molière utilise particulièrement le comique de mots dans la répétition : Parfois la même idée est répétée par un même personnage. Cest le cas de Dubois lorsquil conseille à Alceste de partir (acte IV, scène 4, v. 1436-1446) : ALCESTE Que veut cet équipage, et cet air effaré ? Quas-tu ? DU BOIS Monsieur ALCESTE Hé bien ! DU BOIS Voici bien des mystères. ALCESTE Quest-ce ? DU BOIS Nous sommes mal, Monsieur, de nos affaires. ALCESTE Quoi ? DU BOIS Parlerai-je haut ? ALCESTE Oui, parle, et promptement. DU BOIS Nest-il point là quelquun ALCESTE Ah ! Que damusements ! Veux-tu parler ? DU BOIS Monsieur, il faut faire retraite. ALCESTE Comment ? DU BOIS Il faut dici déloger sans trompette. ALCESTE Et pourquoi ? DU BOIS Je vous dis quil faut quitter ce lieu. ALCESTE La cause ? DU BOIS Il faut partir, Monsieur, sans dire adieu. ALCESTE Mais par quelle raison me tiens-tu ce langage ? DU BOIS Par la raison, Monsieur, quil faut plier bagage. Parfois Philinte rétorque avec humeur, montrant ainsi linadéquation du propos (acte I, scène 1, v. 29-32) : PHILINTE Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable, Et je vous supplierai davoir pour agréable Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt, Et ne pende pas pour cela, sil vous plaît. Célimène agit de même en reprenant mot pour mot les paroles dArsinoé et en remplaçant seulement " lâme " par " aussi " ce qui fait quelle retourne les propos de la fausse prude contre elle-même (acte III, scène 4, v. 909-912 et 957-960) : ARSINOé Madame, je vous crois lâme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, Et pour lattribuer quaux mouvements secrets Dun zèle qui mattache à tous vos intérêts. CéLIMèNE [ ] Madame, je vous crois aussi trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, Et pour lattribuer quaux mouvements secrets Dun zèle qui mattache à tous vos intérêts. 2 - Le comique de double sens Cest un procédé stylistique qui permet à une personne dexprimer ses sentiments défavorables envers une autre personne. Pour ce faire, elle invente un groupe de personnes quelle aurait surprises en train de raconter des choses défavorables au sujet de lautre personne. Cette personne peut avoir recours à ce procédé pour exprimer ses sentiments tout en gardant la sympathie de linterlocuteur. On peut voir cela dans : ARSINOÉ Hier, j'étais chez des gens de vertu singulière, Où sur vous du discours on tourna la matière ; Et là, votre conduite, avec ses grands éclats, Madame, eut le malheur qu'on ne le loua pas. (acte III, scène 4, vers 885-888). Ici, Arsinoé utilise le groupe de personnes pour pouvoir exprimer son désaccord avec Arsinoé, mais tout en gardant sa sympathie. Mais à lacte III, scène 4, vers 921-926, on peut se rendre compte que Célimène aussi lutilise de façon aussi hypocrite. CÉLIMÈNE En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite, Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite, Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien, Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien. Là, votre pruderie et vos éclats de zèle Ne furent pas cités comme un fort bon modèle. Ce procédé était souvent utilisé car il permettait dexprimer ses sentiments de façon hypocrite ce qui permettait de garder la sympathie de linterlocuteur. 3 - Le comique du burlesque Je vais vous présenter le comique du burlesque dans Le Misanthrope, pour cela je vais vous lire le passage vers 695-730 de l'acte II, scène 4. CLITANDRE Pour moi, je ne sais pas, mais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici Madame sans défaut. ACASTE De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue ; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue. ALCESTE Ils frappent tous la mienne ; et loin de m'en cacher, Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher. Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte ; à ne rien pardonner le pur amour éclate ; Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants Que je verrais soumis à tous mes sentiments, Et dont, à tous propos, les molles complaisances Donneraient de l'encens à mes extravagances. CÉLIMèNE Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les curs, On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs, Et du parfait amour mettre l'honneur suprême à bien injurier les personnes qu'on aime. éliante L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois, Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix ; Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable : Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms. La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ; La noire à faire peur une brune adorable ; La maigre a de la taille et de la liberté ; La grasse est dans son port pleine de majesté ; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée ; La géante paraît une déesse aux yeux ; La naine, un abrégé des merveilles des cieux ; L'orgueilleuse a le cur digne d'une couronne ; La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne ; La trop grande parleuse est d'agréable humeur ; Et la muette garde une honnête pudeur. C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime. Le burlesque est un procédé stylistique qui apparaît chaque fois que se développent des effets risibles de contrastes et de ridicule. Visible dans le mélange des tons et dans la cohabitation du tragique et du comique qui viennent se contester mutuellement. À l'époque où écrivait Molière, le mot comique n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui, pièce comique voulant dire : pièce se terminant par un événement heureux. En fait le burlesque va jouer sur de petits détails. Dans cette pièce, les exemples de burlesque sont nombreux mais le plus représentatif est dans le passage que je vous ai lu. Dramatique car Alceste apprend que Célimène le trompe avec plusieurs amants, et quen aucun cas elle ne les quitterait pour lui. Le burlesque apparaît v.717-718 lorsque éliante démontre avec malice les contradictions entre les défauts de la femme aimée et les qualités qu'en fait l'amant. Ainsi : La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ; La noire à faire peur une brune adorable. On peut donc sapercevoir que Molière utilise ici un comique assez fin et difficile à repérer. Ce comique est différent de celui que lon peut trouver dans Les Fourberies de Scapin, où lon peut observer un rire franc de la part des spectateurs alors que pour Le Misanthrope cest un rire intérieur qui apparaît, il faut donc être très attentif aux personnages et à leurs répliques.
7. Est-ce que l'honnête homme est un homme honnête ? Générique Bonjour ! et bienvenue sur le plateau de votre émission de télévision favorite : Le Misanthrope Show ! Le thème de notre émission aujourdhui est : " L'honnête homme est-il un homme honnête ? ". Et ceci bien entendu dans cette superbe pièce, Le Misanthrope de Molière. Pour répondre à cette question voici nos invités ! Applaudissez-les bien fort ! Tout dabord voici Sophie, psychiatre, ensuite Caroline, psychologue, Ludovic, écrivain, et notre invité mystère ! Je passe mon micro à Sophie sous vos applaudissements chaleureux ! Bonjour, je m'appelle Sophie, je suis psychiatre, spécialiste en complexe d'Alceste. Donc je vais vous parler de lui. Alceste est le seul être franc de la pièce du Misanthrope, au v.1087, acte III, scène 5, il dit : Être franc et sincère est mon plus grand talent et qui refuse lart de plaire, par exemple aux v. 35 et 36, acte I, scène1 : Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cur. Pour exprimer ses idées, il est presque toujours direct sauf quelques fois, où il utilise lart de dire sans dire comme dans lextrait du v. 341 au v. 376, acte I, scène 2 : ALCESTE Monsieur, cette matière est toujours délicate, Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte. Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom, Je disais, en voyant des vers de sa façon, Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements Qu'on a de faire éclat de tels amusements ; Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages, On s'expose à jouer de mauvais personnages. ORONTE Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'ai tort de vouloir...? ALCESTE Je ne dis pas cela ; Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme, Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme, Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants côtés. ORONTE Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire? ALCESTE Je ne dis pas cela ; mais, pour ne point écrire, Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps, Cette soif a gâté de fort honnêtes gens. ORONTE Est-ce que j'écris mal ? et leur ressemblerais-je ? ALCESTE Je ne dis pas cela ; mais enfin, lui disais-je, Quel besoin si pressant avez-vous de rimer ? Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ? Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre, Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre. Croyez-moi, résistez à vos tentations, Dérobez au public ces occupations ; Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme, Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme, Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur, Celui de ridicule et misérable auteur. C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre. ORONTE Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...? ALCESTE Franchement, il est bon à mettre au cabinet. Au départ, Alceste se défile. Pour ne pas vexer Oronte, il lui parle dune autre personne qui avait le même comportement que lui mais comme Oronte ne comprend pas, il finit par lui dire franchement le fond de sa pensée. Donc, selon Alceste, lhonnête homme est bien un homme honnête. Malheureusement, son idéal de sincérité, à son époque, est un signe détrangeté et de folie, comme le dit Philinte, du v. 102 au v. 108, acte I, scène 1 : Non ! tout de bon, quittez toutes ces incartades. Le monde par vos soins ne se changera pas ; Et puisque la franchise a pour vous tant d'appas, Je vous dirai tout franc que cette maladie, Partout où vous allez, donne la comédie, Et qu'un si grand courroux contre les murs du temps Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens. Cest ce qui entraînera sa misanthropie. Voilà, maintenant j'aimerais juste passer un petit bonjour à ma famille, mon père, ma mère, mes 5 frères, mes 3 surs et à tous les amis qui m'ont aidée et qui m'ont encouragée à faire cette émission Merci Snif Merci à tous Snif (Cécile, la présentatrice, arrache le micro des mains de Sophie) : Tour de Caroline pour présenter les marquis : Applaudissez-la bien fort ! Voici maintenant Caroline ! La comédie des masques. Le motif du masque, lié à la thématique de la duplicité et du mensonge (duplicité : cest le caractère de quelquun qui présente intentionnellement une apparence différente de ce quil est réellement), est récurrent dans Le Misanthrope de Molière. La référence au masque passe par lemploi métaphorique du terme : vers 125, acte I, scène 1 : Au travers de son masque on voit à plein le traître. La dialectique du masque et du vrai visage permet à Molière de reprendre lopposition traditionnelle entre lêtre et le paraître. Le masque et lart de plaire aliènent la parole et le cur des personnages, ce qui les empêche daccéder à une communication authentique. Mais si le terme de masque napparaît que dans la phrase dAlceste, cest Célimène qui utilise le plus habilement les différents masques. Maintenant laissons place à Ludovic ! Sous vos applaudissements chaleureux ! Bonjour je suis un écrivain et j'adore Molière, particulièrement Célimène dont je vais vous parler. C'est une comédienne, qui joue des rôles suivant la personne à qui elle parle. Elle est très hypocrite. Voir la scène des billets, acte V, scène 4, entre les v. 1691 et 1692. Elle se fait prendre en flagrant délit de mensonge. Le fait de mentir lui donne l'impression d'être supérieure. Célimène se plaît dans l'indécision de déclarer sa flamme (comme a dit Gide : "Choisir c'est se priver." !). Elle vit les relations amoureuses comme un jeu : pour Célimène, l'honnête homme c'est l'art de plaire à tout le monde. Elle n'est que ces masques qu'elle adopte tour à tour pour qui la regarde et qui l'écoute. Et pour nous spectateur, rien n'apparaît derrière le masque, sinon à la fin l'amour de ce masque. Donc pour elle, l'honnête homme n'est pas un homme honnête. Voici le tour de notre invité mystère qui nest autre que moi-même ! Applaudissez bien fort ! Hé oui, jaime tellement mon émission que jai décidé de my inviter ! Je me suis intéressée au personnage de Philinte. Philinte ressemble beaucoup à Célimène, en effet, il est comme elle hypocrite et cherche à plaire. Pour lui, lhonnête homme doit avoir un comportement de bonté, damour et de générosité. Il pense que pour se faire aimer tous les moyens sont bons, car plaire cest faire sa cour, cest une démarche de courtoisie, de politesse. Pour Philinte, distribuer des louanges fait partie du code mondain. Voici un extrait du Misanthrope de Molière, du vers 65 au vers 88, acte I, scène 1 : PHILINTE Mais quand on est du monde, il faut bien que l'on rende Quelques dehors civils que l'usage demande. ALCESTE Non, vous dis-je, on devrait châtier sans pitié Ce commerce honteux de semblants d'amitié. Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre Le fond de notre cur dans nos discours se montre, Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments. PHILINTE Il est bien des endroits où la pleine franchise Deviendrait ridicule et serait peu permise ; Et parfois, n'en déplaise à votre austère honneur, Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cur. Serait-il à propos et de la bienséance De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ? Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît, Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ? ALCESTE Oui. PHILINTE Quoi ? vous iriez dire à la vieille Émilie Qu'à son âge il sied mal de faire la jolie, Et que le blanc qu'elle a scandalise chacun? ALCESTE Sans doute. PHILINTE À Dorilas, qu'il est trop importun, Et qu'il n'est, à la cour, oreille qu'il ne lasse À conter sa bravoure et l'éclat de sa race ? ALCESTE Fort bien. PHILINTE Vous vous moquez. ALCESTE Je ne me moque point, Et je vais n'épargner personne sur ce point. Dans ce passage, Philinte dit à Alceste que sil " ment ", cest pour se faire bien voir, pour ne pas choquer les gens. Ainsi, la définition de lhonnête homme de Philinte rejoint celle de Célimène sauf que lui ne sen amuse pas. Revoici Caroline ! Applaudissez-la de nouveau ! Les marquis : Comme Philinte, ils aiment plaire, mais sont très vaniteux. Extrais, vers 781 à 804, acte III, scène 1 : ACASTE Parbleu ! Je ne vois pas, lorsque je m'examine, Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine. J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison Qui se peut dire noble avec quelque raison ; Et je crois, par le rang que me donne ma race, Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe. Pour le cur, dont sur tout nous devons faire cas, On sait, sans vanité, que je n'en manque pas, Et l'on m'a vu pousser, dans le monde, une affaire, D'une assez vigoureuse et gaillarde manière. Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût à juger sans étude et raisonner de tout, à faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre, Figure de savant sur les bancs du théâtre, Y décider en chef, et faire du fracas à tous les beaux endroits qui méritent des has. Je suis assez adroit ; j'ai bon air, bonne mine, Les dents belles surtout, et la taille fort fine. Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter, Qu'on serait mal venu de me le disputer. Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être, Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître. Je crois qu'avec cela, mon cher Marquis, je crois Qu'on peut, par tout pays, être content de soi. Plaire et dissimuler lintention sont les devoirs des marquis car un honnête homme est un prestigieux courtisan qui a de bons rapports avec le roi : S'il faut faire à la cour pour vous quelque ouverture, On sait qu'auprès du Roi je fais quelque figure. (vers 289 à 290, acte I, scène 2), car ils ont pour préoccupation essentielle de paraître au lever et au coucher du roi : CLITANDRE Moi, pourvu que je puisse être au petit couché, Je n'ai point d'autre affaire où je sois attaché. (vers 739 à 740, acte II, scène 1). En conclusion, on peut dire que chaque personnage du Misanthrope de Molière a une définition différente de ce quest lhonnête homme, mais pour la majorité, ce nest pas un homme honnête mais un masque reflétant lart de plaire. Tous les invités étant passés, voici la fin de notre émission. Jai été ravie de vous avoir aujourdhui sur ce plateau, jespère que cétait réciproque et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau Misanthrope Show ! Applaudissez-les tous bien fort !
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