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Molière, LE MISANTHROPE.

Exposés sur Le Misanthrope

MOLIÈRE,LE MISANTHROPE.


 

1. Présentation de la séquence.

2. Le travail des élèves.

Voici la liste des exposés construits par les élèves, et présentés dans l'ordre défini par le professeur :

Le personnage d'Alceste ;

Le personnage de Célimène ;

La critique des mœurs ;

L'hypocrisie ;

Amour et misanthropie ;

Le comique ;

Est-ce que l'honnête homme est un homme honnête ?


 

Présentation de la séquence.

Classe ordinaire de Seconde, 29 élèves, deuxième trimestre de l'année scolaire.

Objectifs :

  • Initiation à la démarche d'approche d'une œuvre intégrale en autonomie ;
  • Initiation à la recherche documentaire informatisée ;
  • Initiation à l'expression orale.

Intérêt :

  • Mener simultanément une triple incitation : à la lecture, à l'écriture, à l'expression orale.

Démarche :

    Préparation :

      • Lecture préalable de la pièce à la maison ;
      • élaboration d'une étude tabulaire, de fiches action, personnages, durée.

    En classe :

      • Première séance : lecture méthodique du passage I, 1, v. 118-144 (2 heures) ; objectif : dégager des éléments (structure, thèmes, écriture) susceptibles d'être repris et développés sur l'ensemble de la pièce.
      • Deuxième séance (2 heures + travail en dehors de la classe pendant 15 jours). Les sept groupes de quatre élèves (en réalité, un de ces groupes comprenait cinq élèves), qui se sont constitués au préalable dans ce but, choisissent un thème chacun, commun aux membres du groupe. Consignes : à partir de la lecture personnelle de la pièce et à partir des éléments apparus au cours de la première séance, définir un sujet de travail qui intéresse tous les membres du groupe, et sur lequel chacun ait le sentiment d'avoir quelque chose à dire. Pendant ces deux heures et pendant ces quinze jours, construire un exposé oral d'environ quinze minutes qui, dans une démarche argumentative, aura pour but de justifier la pertinence du thème choisi. Pour cela, chaque élève du groupe présente un extrait, le situe, le lit, et en propose un commentaire dans la perspective du fil directeur de son groupe. En même temps, l'ensemble de l'exposé obéit à des critères de prestation orale, dont trois autres élèves sont chargés d'évaluer le respect grâce à une grille.
      • Troisième et quatrième séances (deux heures chacune). Réalisation des exposés dans l'ordre fixé par le professeur dès le milieu de la deuxième séance. Les autres élèves sont censés avoir relu la pièce sous l'éclairage de chacun des exposés du jour, de sorte qu'un échange puisse éventuellement avoir lieu.
      • Quatrième et, éventuellement, cinquième séances (deux heures chacune). Reprises magistrales plus ou moins approfondies en fonction du travail fourni par chaque groupe.

N. B. : La démarche d'ensemble est présentée avant la première séance ; l'ensemble des consignes est présenté au début de la deuxième séance.

 

 

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Le travail des élèves.

Le texte de la première séance :

ALCESTE

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes :

Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,

Et les autres, pour être aux méchants complaisants,

Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

De cette complaisance, on voit l'injuste excès

Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès :

Au travers de son masque, on voit à plein le traître ;

Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ;

Et ses roulements d'yeux et son ton radouci

N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici.

On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde,

Par de sales emplois s'est poussé dans le monde,

Et que par eux son sort de splendeur revêtu

Fait gronder le mérite et rougir la vertu.

Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne,

Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;

Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,

Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.

Cependant sa grimace est partout bienvenue :

On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ;

Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer,

Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.

Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures,

De voir qu'avec le vice on garde des mesures ;

Et parfois il me prend des mouvements soudains

De fuir dans un désert l'approche des humains.

(acte I, scène 1, v. 118 à 144)

Les axes du travail d'analyse effectué en classe :

  • Une structure rhétorique rigoureuse au service de l'expression d'un état d'âme ;
  • Des principes stylistiques pour construire (en négatif ?) l'image de l'honnête homme ;
  • Fonction de la parole théâtrale : cacher / révéler ; art de feindre / moyen de déceler ; maîtrise, enseignement, modèle, et… réflexion.

Rappel : Boileau, L'Art poétique :

Il n'est pas de serpent, ni de monstre odieux

Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

 

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1. Le personnage d’Alceste

1°) On voit, dans les passages des vers 118 à 144, qu’Alceste éprouve de la haine envers la société :

Alceste

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes :

Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,

Et les autres, pour être aux méchants complaisants,

Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

De cette complaisance, on voit l'injuste excès

Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès :

Au travers de son masque, on voit à plein le traître ;

Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ;

Et ses roulements d'yeux et son ton radouci

N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici.

On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde,

Par de sales emplois s'est poussé dans le monde,

Et que par eux son sort de splendeur revêtu

Fait gronder le mérite et rougir la vertu.

Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne,

Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;

Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,

Tout le monde en convient et nul n'y contredit.

Cependant, sa grimace est partout bienvenue,

On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ;

Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer,

Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.

Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures,

De voir qu'avec le vice on garde des mesures ;

Et parfois il me prend des mouvements soudains

De fuir dans un désert l'approche des humains.

(I,1, 118-144)

Mais, individuellement, il peut tomber amoureux de quelqu’un comme Célimène, dont il est fou amoureux. Il peut aussi avoir des amis, comme Philinte, même s’il est souvent en désaccord avec lui. Donc on peut dire qu’il est misanthrope envers le genre humain. Mais, à de rares occasions, il peut aimer quelqu’un.

2°) Alceste est le personnage principal de la pièce de Molière Le Misanthrope. Il a un caractère complexe, il est droit, sincère, estimable, c'est un véritable homme de bien. Il conteste l'ensemble des mœurs de son temps et déclare même éprouver une effroyable haine pour la nature humaine. Bien qu'il paraisse ridicule, il dit des choses justes. En refusant le jeu mondain de la politesse et de la flatterie, il remet en question l'art de plaire, qui définit au XVIIe siècle l'idéal social de "l'honnêteté".

Citation : Acte IV, scène 2 ; vers 1220-1244 :

ALCESTE

J'ai ce que sans mourir je ne puis concevoir.

Et le déchaînement de toute la nature

Ne m'accablerait pas comme cette aventure.

C'en est fait… Mon amour... Je ne saurais parler.

ÉLIANTE

Que votre esprit un peu tâche à se rappeler.

ALCESTE

Ô juste Ciel ! faut-il qu'on joigne à tant de grâces

Les vices odieux des âmes les plus basses ?

ÉLIANTE

Mais encor qui vous peut... ?

ALCESTE

Ah ! tout est ruiné ;

Je suis… je suis trahi, je suis assassiné :

Célimène... Eût-on pu croire cette nouvelle ?

Célimène me trompe et n'est qu'une infidèle.

ÉLIANTE

Avez-vous, pour le croire, un juste fondement ?

PHILINTE

Peut-être est-ce un soupçon conçu légèrement,

Et votre esprit jaloux prend parfois des chimères...

ALCEste

Ah, morbleu ! mêlez-vous, Monsieur, de vos affaires.

C'est de sa trahison n'être que trop certain,

Que de l'avoir, dans ma poche, écrite de sa main.

Oui, Madame, une lettre écrite pour Oronte

A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte.

Oronte, dont j'ai cru qu'elle fuyait les soins,

Et que de mes rivaux je redoutais le moins.

PHILINTE

Une lettre peut bien tromper par l'apparence,

Et n'est pas quelquefois si coupable qu'on pense.

ALCESTE

Monsieur, encore un coup, laissez-moi s'il vous plaît,

Et ne prenez souci que de votre intérêt.

Alceste apprend qu'il est trompé par Célimène, il se sent trahi, désespéré. Il souffre. Il croit aimer Célimène en dépit de sa coquetterie, mais il ne l'aime que parce qu'elle est coquette. Tout se passe comme si, en cédant à la fascination de Célimène, Alceste cédait à la fascination de l'échec : à la contradiction pour un misanthrope d'être amoureux.

3°) La misanthropie fait souffrir Alceste, mais s’il est misanthrope c’est un peu à cause de sa souffrance. Le passage des vers 1757 à 1784 nous le montre bien.

alceste

Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits.

J'en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits,

Et me les couvrirai du nom d'une faiblesse

0ù le vice du temps porte votre jeunesse,

Pourvu que votre cœur veuille donner les mains

Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains,

Et que dans mon désert, où j'ai fait vœu de vivre,

Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre.

C'est par là seulement que, dans tous les esprits,

Vous pouvez réparer le mal de vos écrits,

Et qu'après cet éclat, qu'un noble cœur abhorre,

II peut m'être permis de vous aimer encore.

célimène

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,

Et dans votre désert aller m'ensevelir !

alceste

Et s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde,

Que vous doit importer tout le reste du monde ?

Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents ?

célimène

La solitude effraye une âme de vingt ans…

Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,

Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.

Si le don de ma main peut contenter vos vœux,

Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds ;

Et l'hymen…

ALCESTE

Non, mon cœur à présent vous déteste,

Et ce refus à lui seul fait plus que tout le reste.

Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux,

Pour trouver tout en moi comme moi tout en vous,

Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage

De vos indignes fers pour jamais me dégage.

(V, 4, 1757 - 1784)

Il demande à Célimène si elle veut se retirer avec lui dans son désert, mais trop jeune pour vivre en solitude, elle refuse. Alceste en souffre et va tout compte fait tout seul dans son désert. La souffrance entraîne donc la misanthropie chez le personnage d’Alceste.

Conclusion

Alceste est misanthrope, ce qui le fait souffrir. Et sa souffrance renforce sa misanthropie, ce qui augmente sa souffrance. La psychologie d’Alceste forme donc un cercle vicieux.

 

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2. Le personnage de Célimène

1 - Portrait de Célimène.

Je vais vous présenter le portrait de Célimène.

  • Son portrait physique :

Célimène est une jeune veuve de 20 ans :

La solitude effraye une âme de vingt ans…

(Acte V, scène 4, vers 1774)

Elle est belle, libre, coquette, gracieuse :

Elle se fait aimer ;

Sa grâce est la plus forte ;

(Acte I, scène 1, vers 232-233).

  • Son portrait moral :

Le personnage de Célimène est un personnage construit autour du désir de paraître. Elle a besoin d’une nombreuse compagnie, elle veut absolument plaire et fait tout pour parvenir à ses fins (Arsinoé le dit acte III, scène 4, vers 889 et 890 :

Cette foule de gens dont vous souffrez visite,

Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite).

Elle est égoïste, car elle veut garder tous ses soupirants, et ne veut pas choisir entre eux. Elle est aussi d’une grande perfidie, car elle a un esprit médisant (Philinte en parle acte I, scène 1, vers 219 :

De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant).

C’est une personne à laquelle on ne peut guère se fier : l’épisode de la lettre nous montre de quelle manière elle se moque de ses soupirants. Elle vit ses relations comme un jeu : en même temps qu’elle écrit au Marquis, elle augmente les espérances d’Alceste. Elle affiche son goût du monde (Acte V, scène 4, vers 1769-1770 :

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,

Et dans votre désert aller m'ensevelir ! ).

C’est une maîtresse de maison, dotée d’un bon sens et d’une ferme autorité.

2 - Rapports de Célimène avec les hommes et les femmes.

Célimène a 20 ans et aime séduire. Ses sentiments ne sont sincères pour personne. Pour entretenir chacun dans l’illusion d’être aimé, elle se moque de ses rivaux. Les hommes attendent de se marier avec elle. Alceste espère bien corriger son autorité. Arsinoé donne l’impression de ne pas l’aimer en remettant la preuve qu’elle trompe Alceste.

Amour / Amitié

La conception de Célimène s’affirme, selon laquelle les faux semblants amoureux font partie de la vie sociale, et peuvent être exploités pour favoriser ses intérêts. Elle le signale à Alceste lorsque, parlant d’Acaste, elle déclare, acte II, scène 2, vers 547-548 :

Et jamais, quelque appui qu'on puisse avoir d'ailleurs,

On ne doit se brouiller avec ces grands brailleurs.

La scène 1 constitue une scène d’explication entre Alceste et Célimène. Elle est composée de tirades relativement longues qui permettent aux deux personnages d’exposer leur conception de l’amour.

Alceste se plaint des nombreux soupirants de Célimène. La coquette, tout en protestant de son amour pour le misanthrope, refuse de se couper du monde et considère que son devoir et son intérêt exigent de sa part une attitude de compréhension envers tous : elle ne peut briller à la cour que si elle montre un abord séduisant.

Le comique vient pimenter le sérieux de cette confrontation, grâce à deux comportements paradoxaux d’Alceste. Ennemi de la médisance, il peint le portrait cruel d’un de ses rivaux, Clitandre, amoureux de Célimène : il lui affirme qu’il fait en vain tous ces efforts pour ne plus l’aimer. Célimène et Alceste ne reparaissent plus jamais ensemble sur scène. Aux scènes II et III, elle subit les importunités d’Acaste et de Clitandre qui ont décidé un affrontement amoureux pacifique. Elle affronte sa rivale Arsinoé.

La prude est également présente scène 5, où elle essaie de séduire Alceste, qui n’est donc sur le théâtre que dans une seule scène de cet acte.

3 - Est-ce que Célimène est sincère ?

  • La non-sincérité de Célimène :

Célimène flatte ses soupirants car elle peut avoir besoin d'eux :

Mon Dieu ! de ses pareils la bienveillance importe.

Et ce sont de ces gens qui, je ne sais comment,

Ont gagné dans la Cour de parler hautement.

Dans tous les entretiens on les voit s'introduire.

Ils ne sauraient servir, mais ils peuvent vous nuire ;

Et jamais, quelque appui qu'on puisse avoir d'ailleurs,

On ne doit se brouiller avec ces grands brailleurs.

(Acte II, scène 3, vers 542 à 548)

Cela nous montre qu'elle joue avec les sentiments des gens.

L'épisode de la lettre nous montre qu'elle n'est pas sincère envers ses soupirants. Cela ne la gêne pas, on peut même dire que cela l'amuse.

Célimène est l'incarnation même de l'hypocrisie, car elle ne dit pas à la personne concernée ce qu'elle pense réellement d’elle.

  • La sincérité de Célimène :

Par contre, elle dit avec sincérité ce qu'elle pense des gens, notamment lorsqu'elle fait leur portrait à une autre personne.

Exemple : la description d'Arsinoé à Alceste :

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien !

Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre :

Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire,

Et la stérilité de son expression

Fait mourir à tous coups la conversation.

En vain, pour attaquer son stupide silence,

De tous les lieux communs vous prenez l'assistance :

Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud

Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt.

Cependant, sa visite, assez insupportable,

Traîne en une longueur encore épouvantable ;

Et l'on demande l'heure, et l'on bâille vingt fois,

Qu'elle grouille aussi peu qu'une pièce de bois.

(Acte II, scène 4, vers 604 à 616)

  • Conclusion :

On peut s'interroger sur la réalité de ses sentiments et de sa sincérité envers Alceste. (cf. acte I, scène 1, vers 501 à 503 : dans cet extrait, Célimène dit sans hésiter ce qu'elle ressent envers lui : )

ALCESTE

Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie,

Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ?

célimène

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

4 - Sa fonction, son rôle et son but.

Célimène incarne le second rôle dans Le Misanthrope.

Elle défend la liberté féminine, la coquetterie et la galanterie en revendiquant son affection pour Oronte.

Féministe, elle défend

les femmes.

Le désir de plaire

Parole flatteuse à une femme.

Courtoisie que marque un

à l’égard d’une femme

Elle pratique la morale d’Épicure.

L’épicurisme est un système philosophique fondé principalement sur les enseignements du philosophe grec Épicure. La thèse fondamentale de l’épicurisme présente le plaisir comme le bien suprême et le but ultime de la vie. Mais les relations amoureuses de Célimène restent un jeu (acte V, scène 4 : la scène des billets).

Le rôle de Célimène est le rôle le plus intéressant du point de vue théâtral, celui qui apporte le plus d’effets.

Elle nous montre également que l’on peut se détacher de la tradition, par exemple lorsqu’elle refuse, pour des raisons personnelles, de se marier avec Alceste et de partir dans le désert (acte V, scène 4, vers 1774). Elle pratique l’aveu indirect, c’est-à-dire qu’elle fait dire des choses par l’intermédiaire de quelqu’un, ou les fait sous-entendre : (vers 503 ; vers 1397-1398).

On peut reconnaître chez elle pas mal de finesse.

Elle a pour fonction d’attirer les rieurs de son côté car il n’y a pas beaucoup d’occasions de rire dans la pièce et pour beaucoup de ces situations-là il se trouve que c’est elle qui les apporte. Son rôle est donc perçu par les spectateurs.

On constate que sans elle il n’y aurait pas d’histoire. De plus on peut parler d’une exception à la règle car elle n’est pas sous la tutelle d’un mari ou d’un père et Alceste est misanthrope mais elle est amoureuse de lui.

*

Pour conclure, sa principale fonction est de rendre jaloux ses amants car elle a besoin de se faire aimer mais aussi de savoir qu’elle l’est :

CÉLIMÈNE

Mais de tout l'univers vous devenez jaloux.

ALCESTE

C'est que tout I'univers est bien reçu de vous.

CÉLIMÈNE

C'est ce qui doit rasseoir votre âme effarouchée,

Puisque ma complaisance est sur tous épanchée ;

Et vous auriez plus lieu de vous en offenser,

Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.

ALCESTE

Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie,

Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ?

CÉLIMÈNE

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

ALCESTE

Et quel lieu de le croire a mon cœur enflammé ?

CÉLIMÈNE

Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire,

Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire.

ALCESTE

Mais qui m'assurera que, dans le même instant,

Vous n'en disiez peut-être aux autres tout autant ?

CÉLIMÈNE

Certes, pour un amant, la fleurette est mignonne,

Et vous me traitez là de gentille personne.

Hé bien ! pour vous ôter d'un semblable souci,

De tout ce que j'ai dit je me dédis ici,

Et rien ne saurait plus vous tromper que vous-même :

Soyez content.

ALCESTE

Morbleu ! faut-il que je vous aime !

Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cœur,

Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur !

Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible

À rompre de ce cœur I'attachement terrible ;

Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici,

Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi.

CÉLIMÈNE

Il est vrai, votre ardeur est pour moi sans seconde.

ALCESTE

Oui, je puis là-dessus défier tout le monde.

Mon amour ne se peut concevoir, et jamais

Personne n'a, Madame, aimé comme je fais.

CÉLIMÈNE

En effet, la méthode en est toute nouvelle,

Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ;

Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur,

Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur.

ALCESTE

Mais il ne tient qu'à vous que mon chagrin se passe.

À tous nos démêlés, coupons chemin, de grâce,

Parlons à cœur ouvert, et voyons d'arrêter…

(Acte II, scène 1, vers 495 à 534).

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3. La critique des mœurs

1 - Acaste et Clitandre

Je vais étudier avec vous la critique des mœurs à travers les personnages d’Acaste et de Clitandre. Nous allons lire dès maintenant l’acte III scène 1, où ces deux personnages sont seuls en scène.

Acaste et Clitandre représentent en fait dans Le Misanthrope de Molière les petits marquis. Ces petits nobles ont pour intérêt la mode, leur apparence physique, et leur prestation auprès du roi.

Acaste et Clitandre sont toujours ensemble, ils ont la même attitude, ils sont en fait interdépendants. Ce sont le ridicule des petits marquis.

Exemples :

Vers 781 à 804 :

ACASTE

Parbleu ! Je ne vois pas, lorsque je m'examine,

Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine.

J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison

Qui se peut dire noble avec quelque raison ;

Et je crois, par le rang que me donne ma race,

Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe.

Pour le cœur, dont sur tout nous devons faire cas,

On sait, sans vanité, que je n'en manque pas,

Et l'on m'a vu pousser, dans le monde, une affaire,

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière.

Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût

à juger sans étude et raisonner de tout,

à faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,

Figure de savant sur les bancs du théâtre,

Y décider en chef, et faire du fracas

à tous les beaux endroits qui méritent des has.

Je suis assez adroit ; j'ai bon air, bonne mine,

Les dents belles surtout, et la taille fort fine.

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter,

Qu'on serait mal venu de me le disputer.

Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être,

Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître.

Je crois qu'avec cela, mon cher Marquis, je crois

Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.

Acaste fait son autoportrait, ce qui lui donne une grande autosatisfaction. Ainsi, vers 797 à 798 :

Je suis assez adroit ; j’ai bon air, bonne mine,

Les dents belles surtout, et la taille fort fine.

Pour conclure, on peut dire que leur occupation essentielle réside dans les intrigues amoureuses et justement ce sont des rivaux loyaux qui savent faire preuve de mesquinerie. À la fin de la pièce, ils n’hésiteront pas à montrer leur mépris pour Célimène.

Mais leurs nombreux points communs et leur interdépendance font d’eux une sorte de couple de jumeaux. Ce qui a pour effet une perte d’individualité.

2 - Oronte

Je vais vous présenter un des personnages du Misanthrope : Oronte. Pour cela, voici un sonnet : (Acte I, scène 1, vers 315 à 332).

ORONTE

L'espoir, il est vrai, nous soulage,

Et nous berce un temps notre ennui ;

Mais, Philis, le triste avantage,

Lorsque rien ne marche après lui !

PHILINTE

Je suis déjà charmé de ce petit morceau.

ALCESTE

Quoi ? vous avez le front de trouver cela beau ?

ORONTE

Vous eûtes de la complaisance ;

Mais vous en deviez moins avoir,

Et ne vous pas mettre en dépense

Pour ne me donner que l'espoir.

Philinte

Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont mises !

ALCESTE

Morbleu ! vil complaisant ! vous louez des sottises ?

ORONTE

S'il faut qu'une attente éternelle

Pousse à bout l'ardeur de mon zèle,

Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m'en peuvent distraire :

Belle Philis, on désespère,

Alors qu'on espère toujours !

Maintenant, je vais montrer qu’Oronte est un poète ridicule, et peu doué.

Le personnage d’Oronte est un autre exemple de personnages ridicules chers à Molière, comme l’est Trissotin dans Les Femmes Savantes.

Puis, voici la critique d’Oronte à travers les autres personnages de la pièce :

Et pour l'homme à la veste, qui s'est jeté dans le bel esprit et veut être auteur malgré tout le monde, je ne puis me donner la peine d'écouter ce qu'il dit ; et sa prose me fatigue autant que ses vers. Mettez-vous donc en tête que je ne me divertis pas toujours si bien que vous pensez ; que je vous trouve à dire plus que je ne voudrais, dans tes les parties où l'on m'entraîne ; et que c'est un merveilleux assaisonnement aux plaisirs qu'on goûte que la présence des gens qu'on aime.

(acte V, scène 4, scène des billets).

Oronte a écrit un sonnet sur les précieuses. Dans ce dernier Philis, une précieuse, apparaît deux fois.

Ce sonnet plaît aux précieuses, même s’il est mauvais. En fait Molière se moque des précieuses à travers le personnage d’Oronte. Cependant, il a tort de le faire car la préciosité est un mouvement d’émancipation des femmes.

3 - Arsinoé

Arsinoé constitue l’exemple même de la fausse sincère : la sincérité n’est pour elle qu’un moyen pour faire éclater toute sa méchanceté. Témoin ce passage de l’acte III, scène 4, du vers 878 au vers 912.

Il n’est pas nécessaire,

Madame. L’amitié doit surtout éclater

Aux choses qui le plus nous peuvent importer ;

Et comme il n’en est point de plus grande importance

Que celles de l’honneur et de la bienséance,

Je viens, par un avis qui touche votre honneur,

Témoigner l’amitié que pour vous a mon cœur.

Hier, j’étais chez des gens de vertu singulière,

Où sur vous du discours on tourna la matière ;

Et là, votre conduite, avec ses grands éclats,

Madame, eut le malheur qu’on ne la loua pas.

Cette foule de gens dont vous souffrez visite,

Votre galanterie, et les bruits qu’elle excite

Trouvèrent des censeurs plus qu’il n’aurait fallu,

Et bien plus rigoureux que je n’eusse voulu.

Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre :

Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre,

Je vous excusai fort sur votre intention,

Et voulus de votre âme être la caution.

Mais vous savez qu’il est des choses dans la vie

Qu’on ne peut excuser, quoiqu’on en ait envie ;

Et je me vis contrainte à demeurer d’accord

Que l’air dont vous vivez vous faisait un peu tort,

Qu’il prenait, dans le monde, une méchante face,

Qu’il n’est conte fâcheux que partout on en fasse,

Et que, si vous vouliez, tous vos déportements

Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements.

Non que j’y croie, au fond, l’honnêteté blessée :

Me préserve le Ciel d’en avoir la pensée !

Mais aux ombres du crime on prête aisément foi,

Et ce n’est pas assez de bien vivre pour soi.

Madame, je vous crois l’âme trop raisonnable,

Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,

Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets

D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.

On peut donc dire qu’Arsinoé est de ces âmes qui, sous le prétexte de rendre service, viennent avertir les intéressés des fâcheuses rumeurs qui courent sur leur compte. Et cet état d’esprit fait que l’on n’est guère surpris de voir à tous ces traits de caractère négatifs s’ajouter la mesquinerie. Elle incarne une version extrême de l’hypocrisie sociale.

 

 

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4. L’hypocrisie

à la première lecture, l’hypocrisie apparaît comme sociale. Elle touche les personnages sur tous les plans, aussi bien sur les sentiments que sur le simple fait de ne pas dire à quelqu’un ce qu’on pense vraiment.

Définition du dictionnaire : Attitude qui consiste à cacher ses sentiments et à montrer des qualités qu’on n'a pas.

Le personnage d’Alceste. Il est vantard et se considère comme un honnête homme. à force de vouloir jouer les champions de la sincérité, il se cause des ennuis. Sans le savoir Alceste est hypocrite par conséquent, il l’est tout le temps. On pourrait appeler cela de l’hypocrisie sociale.

ALCEste

Monsieur, cette matière est toujours délicate,

Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.

Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,

Je disais, en voyant des vers de sa façon,

Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire

Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ;

Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements

Qu'on a de faire éclat de tels amusements ;

Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,

On s'expose à jouer de mauvais personnages.

ORONTE

Est-ce que vous voulez me déclarer par là

Que j'ai tort de vouloir...?

ALCEste

Je ne dis pas cela ;

Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme,

Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme,

Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités,

On regarde les gens par leurs méchants côtés.

ORONTE

Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?

ALCESTE

Je ne dis pas cela ; mais, pour ne point écrire,

Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps,

Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.

ORONTE

Est-ce que j'écris mal ? et leur ressemblerais-je ?

ALCESTE

Je ne dis pas cela ; mais enfin, lui disais-je, Quel besoin si pressant avez-vous de rimer ?

Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?

Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre,

Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.

Croyez-moi, résistez à vos tentations,

Dérobez au public ces occupations ;

Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme,

Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme,

Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur, Celui de ridicule et misérable auteur.

C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.

ORONTE

Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre.

Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...?

(Acte I, scène 2, v. 341 à 375.)

Philinte est différent d’Alceste pourtant c’est son ami. Lui est épris d’éliante et pourtant il la croit digne de l’amour d’Alceste et quand celui-ci est résolu à quitter Célimène pour éliante, il ne lui dit pas qu’il est épris d’elle. Il n’est pas hypocrite sur tout et pour tout mais en ce qui concerne éliante, il l’est.

Célimène, elle, a une hypocrisie beaucoup plus centrée. Elle n’est hypocrite qu’en ce qui concerne Alceste et Oronte, en fait elle joue un double jeu avec eux puisque ni l’un ni l’autre ne soupçonnent qu’elle a deux amants. Oronte étant plus platonique qu’Alceste. Ce qui les amène à la fin de la pièce à poser un ultimatum du style : c’est lui ou moi, maintenant il faut choisir.

Quant à Arsinoé, son hypocrisie est encore plus centrée car elle ne concerne que Célimène. Elle trahit celle-ci juste pour qu’Alceste la quitte et vienne avec elle. Mais en même temps, son hypocrisie est plus profonde, elle joue sur les sentiments des personnages : elle les détourne.

ARSINOÉ

Laissons, puisqu'il vous plaît, ce chapitre de cour ;

Mais il faut que mon cœur vous plaigne en votre amour ;

Et pour vous découvrir là-dessus mes pensées,

Je souhaiterais fort vos ardeurs mieux placées.

Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plus doux,

Et celle qui vous charme est indigne de vous.

ALCESTE

Mais, en disant cela, songez-vous, je vous prie,

Que cette personne est, Madame, votre amie?

ARSINOÉ

Oui ; mais ma conscience est blessée en effet

De souffrir plus longtemps le tort que l'on vous fait ;

L'état où je vous vois afflige trop mon âme,

Et je vous donne avis qu'on trahit votre flamme.

ALCESTE

C'est me montrer, Madame, un tendre mouvement,

Et de pareils avis obligent un amant !

ARSINOÉ

Oui, toute mon amie, elle est et je la nomme

Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme ;

Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs.

ALCESTE

Cela se peut, Madame : on ne voit pas les cœurs ;

Mais votre charité se serait bien passée

De jeter dans le mien une telle pensée.

ARSINOÉ

Si vous ne voulez pas être désabusé,

Il faut ne vous rien dire, il est assez aisé.

ALCESTE

Non ; mais sur ce sujet quoi que l'on nous expose,

Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose ;

Et je voudrais, pour moi, qu'on ne me fît savoir

Que ce qu'avec clarté l'on peut me faire voir.

ARSINOÉ

Hé bien ! c'est assez dit ; et sur cette matière

Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi :

Donnez-moi seulement la main jusque chez moi ;

Là je vous ferai voir une preuve fidèle

De l'infidélité du cœur de votre belle ;

Et si pour d'autres yeux le vôtre peut brûler,

On pourra vous offrir de quoi vous consoler.

(Acte III, scène V, v.1100 à 1132)

Après l’étude de l’hypocrisie des personnages, on s’aperçoit qu’il n’y a pas que de " l’hypocrisie sociale " mais aussi de " l’hypocrisie mesurée " qui est centrée sur les sentiments que les personnages éprouvent.

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5. Amour et misanthropie

1 — Qu’est-ce qu’un misanthrope ?

On pourrait définir un misanthrope comme quelqu’un qui hait le genre humain (acte I, scène 1, v. 113 et 114:

PHILINTE

Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

ALCESTE

Oui : j'ai conçu pour elle une effroyable haine.),

qui fuit la société, qui est d’humeur bourrue c’est-à-dire d’humeur triste et chagrine (acte I, scène 1, v. 91 :

J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond).

Alceste fait en effet preuve de ces caractéristiques dans la pièce. Il ne veut pas partager, il souhaite vivre pour lui (acte I, scène 1, v. 96 :

mon dessein

Est de rompre en visière à tout le genre humain).

Il veut avoir le pouvoir et c’est à ce niveau que se situe sa misanthropie en plus de sa haine pour le genre humain.

On pourrait quand même lui accorder la qualité d’être franc :

PHILINTE

Serait-il à propos et de la bienséance

De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ?

Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît,

Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?

ALCESTE

Oui.

(acte I, scène 1, v. 77 à 81).

Alceste dit ce qu’il pense sans passer par quatre chemins.

Alceste se moque des remarques qu’on peut lui faire et de ce que les gens peuvent penser de lui :

PHILINTE

Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez, donne la comédie

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

ALCESTE

Tant mieux, morbleu, tant mieux ! C'est ce que je demande.

(acte I, scène 1, v. 105 à 109).

Pour montrer à quel point Alceste éprouve de la haine, je vais vous lire un extrait de l’acte I, scène 1, v. 105 à 120 :

PHILINTE

Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez, donne la comédie

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

ALCESTE

Tant mieux, morbleu, tant mieux ! C'est ce que je demande.

Ce m'est un fort bon signe, et ma joie est grande :

Tous les hommes me sont à tel point odieux,

Que je serais fâché d'être sage à leurs yeux.

PHILINTE

Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

ALCESTE

Oui : j'ai conçu pour elle une effroyable haine.

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion ?

Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes…

ALCESTE

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes :

Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,

Les autres, pour être aux méchants complaisants.

Certes Alceste est misanthrope d’une certaine façon, mais il en est conscient. Il souffre notamment de son amour pour Célimène.

À présent, on va justement parler de cet amour.

2 - L’amour d’Alceste pour Célimène

Malgré sa misanthropie, Alceste éprouve de très forts sentiments pour Célimène, qui sont réciproques.

Alceste ne voudrait la quitter pour rien au monde et serait capable de tout pour elle. Ne pouvant continuer à vivre ainsi, il décide de le lui avouer, en retour il en attend autant de sa part mais elle n’est pas vraiment sincère.

Célimène lui reproche de ne pas l’aimer comme elle le souhaiterait :

CÉLIMÈNE

Non : vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime !

(acte IV, scène 4, v. 1421) ; la cause en est sa jalousie et sa possessivité :

ALCESTE

Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable

Que vous fussiez réduite en un sort misérable.

(acte IV, scène 4, v. 1425 et 1426).

Afin d’illustrer cette idée, j’ai choisi l’extrait du v. 514 au v. 531 dans l’acte II, scène 1 :

ALCESTE

Morbleu ! Faut-il que je vous aime !

Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cœur,

Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur !

Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible

à rompre de ce cœur l'attachement terrible ;

Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici,

Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi.

CÉLIMÈNE

Il est vrai : votre ardeur est pour moi sans seconde !

ALCESTE

Oui, je puis là-dessus défier tout le monde.
Mon amour ne se peut concevoir, et jamais

Personne n'a, Madame, aimé comme je fais.

CÉLIMÈNE

En effet, la méthode en est toute nouvelle,

Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ;

Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur,

Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur.

ALCESTE

Mais il ne tient qu'à vous que son chagrin ne passe.

à tous nos démêlés coupons chemin, de grâce,

Parlons à cœur ouvert, et voyons d'arrêter…

Pourtant Alceste a déjà reçu de la part de Célimène un aveu :

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

(acte II, scène 2, v. 503).

Après cela Alceste devrait s’estimer heureux mais il exige un aveu aussi fort qu’il déclare lui-même.

3 — Contradiction :

Alceste est donc misanthrope et amoureux. Nous arrivons donc devant un phénomène de contradiction, cf. acte IV, scène3, vers 1375 à 1390 :

 

On pousse ma douleur et mes soupçons à bout,

On me laisse tout croire, on fait gloire de tout ;

Et cependant mon cœur est encore assez lâche

Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache,

Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris

Contre l'ingrat objet dont il est trop épris !

Ah ! que vous savez bien ici, contre moi-même,

Perfide, vous servir de ma faiblesse extrême,

Et ménager pour vous l'excès prodigieux

De ce fatal amour né de vos traîtres yeux !

Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable,

Et cessez d'affecter d'être envers moi coupable ;

Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent :

à vous prêter les mains ma tendresse consent ;

Efforcez-vous ici de paraître fidèle,

Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle.

Alceste et Célimène se querellent à propos de l’infidélité de celle-ci, Alceste croit Célimène fidèle, vrai ou faux, il s’efforce à avoir confiance en elle malgré tous ses prétendants. V. 515 au v. 520 : l’amour d’Alceste est plus fort que lui / que sa misanthropie :

Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cœur,

Je bénirai le Ciel de ce rare bonheur !

Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible

à rompre de ce cœur l'attachement terrible ;

Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici,

Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi.

V. 516 : rare bonheur pour un misanthrope, c’est très rare d’aimer. Peut-être n’est-il pas misanthrope car il est capable d’aimer.

V. 525 au v. 528 :

CÉLIMÈNE

En effet, la méthode en est toute nouvelle,

Car vous aimez les gens pour leur faire querelle ;

Ce n'est qu'en mots fâcheux qu'éclate votre ardeur,

Et l'on n'a vu jamais un amour si grondeur.

Célimène dit en fait qu’il aime les autres pour leur faire querelle (cf. son procès). En fait, Alceste est franc et ne supporte pas les hommes de la cour, qui ne disent pas ce qu’ils pensent. En fait, les autres le considèrent misanthrope pour sa franchise et son orgueil. Il pense que les hommes qui l’entourent sont lâches, menteurs, injustes et que la société humaine est mauvaise.

Il se propose donc comme un modèle : v. 111 et 112 :

Tous les hommes me sont à tel point odieux,

Que je serais fâché d'être sage à leurs yeux.

V. 1422-1432 :

ALCESTE

Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême ;

Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à vous,

Il va jusqu'à former des souhaits contre vous !

Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable,

Que vous fussiez réduite à un sort misérable,

Que le Ciel, en naissant, ne vous eût donné rien,

Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien,

Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice

Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice

Et que j'eusse la joie et la gloire, en ce jour,

De vous voir tenir tout des mains de mon amour.

Il voudrait Célimène pour lui seul, qu’elle ne soit pas appréciée par la cour, qu’elle soit comme lui.

Problème : v. 503 :

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

Or, jamais une femme n’avouerait aimer un homme, au XVIIème siècle. C’est l’engagement le plus grave.

Comment un personnage comme Célimène peut aimer un homme comme Alceste ? Alceste est pris dans un masque et il ne peut plus en sortir. Dans le personnage d’Alceste il y a un aspect suicidaire, on peut parler de monomaniaque.

4 - Effets et conséquences de cette contradiction

Cette double personnalité a des répercussions négatives sur sa vie et sur son état d’esprit.

  • La trahison :

Le misanthrope subit à la fois un rejet amoureux et un rejet de la société. Il a tout d’abord perdu son procès, puis son cœur fut blessé par la trahison de sa bien-aimée, Célimène.

En conséquence de cette trahison, Alceste souffre…

  • La souffrance :

Alceste éprouvait déjà antérieurement de la haine envers le genre humain ; le procès l’a amené à s’écarter totalement de la société. La seule personne qui le retient alors dans ce monde est Célimène.

Étant misanthrope, Alceste n’éprouve d’amour que pour elle. Il lui est donc totalement dévoué. Cet amour est profond, entier et extrême, comme il le dit lui-même (acte IV, scène 4, au vers 1422 :

Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême !)

Il lui offre tout son cœur, ne vit que pour elle et à travers elle. Mais celle-ci le trahit, il ne peut vivre cela que comme une terrible déchirure, il se sent assassiné comme il le dit (acte IV, scène3) aux vers 1310 et 1311 :

Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage,

Percé du coup mortel dont vous m'assassinez.

Extrait de l’acte IV, scène2 (du vers 1217 au vers1230, puis du vers 1259 au vers 1272).

ALCESTE

Ah ! faites-moi raison, Madame, d'une offense

Qui vient de triompher de tout de ma constance.

ÉLIANTE

Qu'est-ce donc ? Qu'avez-vous qui vous puisse émouvoir ?

ALCESTE

J'ai ce que sans mourir je ne puis concevoir ;

Et le déchaînement de toute la nature

Ne m'accablerait pas comme cette aventure.

C'en est fait... Mon amour... Je ne saurais parler.

ÉLIANTE

Que votre esprit un peu tâche à se rappeler.

ALCESTE

Ô juste Ciel ! Faut-il qu'on joigne à tant de grâces

Les vices odieux des âmes les plus basses ?

ÉLIANTE

Mais encor qui vous peut… ?

ALCESTE

Ah ! tout est ruiné ;

Je suis… Je suis trahi ! Je suis assassiné :

Célimène…Eût-on pu croire cette nouvelle ?

Célimène me trompe et n'est qu'une infidèle.

(………………)

ÉLIANTE

Je compatis, sans doute, à ce que vous souffrez,

Et ne méprise point le cœur que vous m'offrez ;

Mais peut-être le mal n'est pas si grand qu'on pense,

Et vous pourrez quitter ce désir de vengeance.

Lorsque l'injure part d'un objet plein d'appas,

On fait force desseins qu'on n'exécute pas :

On a beau voir, pour rompre, une raison puissante,

Une coupable aimée est bientôt innocente ;

Tout le mal qu'on lui veut se dissipe aisément,

Et l'on sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant.

ALCESTE

Non, non, Madame, non : l'offense et trop mortelle,

Il n'est point de retour, et je romps avec elle ;

Rien ne saurait changer le dessein que j'en fais,

Et je me punirais de l'estimer jamais.

Analyse de cet extrait :

éliante réagit de deux façons face aux sentiments d’Alceste.

Elle est d’abord incrédule (acte IV, scène 2, vers 1219). Cette incompréhension est sûrement due au fait qu’Alceste, touché par la misanthropie, ne pouvait à son sens pas éprouver de déception amoureuse.

Puis éliante éprouve de la compassion pour Alceste (acte IV, scène2, vers 1259). éliante est tentée de croire qu’Alceste aime, mais on sent qu’elle n’est pas convaincue.

Cette compassion n’est pas totale, on perçoit un doute dans les paroles d’éliante.

Au vers 1260 (acte IV, scène 2), éliante reconnaît qu’Alceste peut offrir son cœur ; elle présuppose donc qu’il a du cœur.

En résumé, on voit une évolution, dans cet extrait, dans la façon dont éliante perçoit Alceste :

. elle est d’abord incrédule,

. puis elle éprouve de la compassion,

. enfin, elle présuppose qu’il a du cœur.

Les trois facettes de cette évolution nous montrent que petit à petit éliante reconnaît le cœur d’Alceste, elle reconnaît alors qu’il est humain…

On peut aussi faire le rapprochement de cet extrait (du moins du vers 1260 au vers 1269) avec la pièce Les Précieuses Ridicules (acte I, scène1, du vers 10 au vers 41), du même auteur. Dans les deux cas, il s’agit d’une vengeance. Dans Les Précieuses Ridicules, les deux bourgeois se vengent de leur bien-aimée, qui leur ont fait subir une déception, en les dupant avec leurs valets.

Ici, Alceste, victime d’une déception par sa bien-aimée, Célimène, veut se venger. Pour cela, il offre son amour à une autre femme qui n’est autre qu’éliante.

  • Exclusion , suicide :

Cette souffrance met au jour un aspect suicidaire de sa personnalité.

Mais il faut bien comprendre qu’au XVIIe siècle le suicide n’est pas toujours caractérisé par la mort. En effet, vivre au XVIIe siècle c’est se montrer, aller à des soirées, faire partie de la société, donc, le fait de s’enfermer chez soi, de ne plus avoir aucun contact avec le monde est une sorte de suicide :

ALCESTE

Non : de trop de soucis je me sens l'âme émue.

Allez-vous-en la voir, et me laissez enfin

Dans ce petit coin sombre, avec mon noir chagrin.

(extrait acte V, scène 2, vers 1582-1584).

À la fin de la pièce, on nous apprend qu’Alceste part dans le désert. Mais le désert ce n’est pas le Sahara. ça peut être juste le fait qu’il s’enferme chez lui, qu’il n’a plus de contacts et qu’il sort de la société afin de devenir inexistant :

ALCESTE

Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements,

L'un pour l'autre à jamais garder ces sentiments !

Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,

Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices

Et chercher sur la Terre un endroit écarté

Où être homme d'honneur on ait la liberté.

(extrait de l’acte V, scène IV, vers 1801 à 1806).

  • Conclusion :

Peut-être que la destinée d’un misanthrope est de se suicider.

 

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6. Le comique

Molière utilise le comique dans ses pièces pour exprimer des faits de la vie quotidienne.

Il tourne en dérision des actions ou des types de personnes qui se croient supérieures aux autres.

Molière se permet de se moquer des personnes vivant à la cour, le pire c’est qu’elles ne s’en rendent pas compte et rient en regardant la pièce. Il utilise plusieurs procédés comiques dans cette pièce comme le comique de mots, le comique de double sens, ou encore le comique du burlesque.

1 - Le comique de mots

Dans cette comédie sérieuse (idée tragique et forme comique), le comique de mots (jeux de mots) reflète la personnalité des personnages :

 les manières précieuses du sonnet d’Oronte, (acte I, scène 2, v. 315-332) :

ORONTE :

L’espoir, il est vrai, nous soulage,

Et nous berce un temps notre ennui ;

Mais, Philis, le triste avantage,

Lorsque rien ne marche après lui !

Vous eûtes de la complaisance ;

Mais vous en deviez moins avoir,

Et ne vous pas mettre en dépense

Pour ne me donner que l’espoir.

S’il faut qu’une attente éternelle

Pousse à bout l’ardeur de mon zèle,

Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m’en peuvent distraire ;

Belle Philis, on désespère,

Alors qu’on espère toujours.

 les jurons d’Alceste (acte I, scène 2, v.334-335) :

ALCESTE :

La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable,

En eusses-tu fait une à te casser le nez !

ou, à la scène précédente, v. 134-136 :

ALCESTE :

Son misérable honneur ne voit pour lui personne :

Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,

Tout le monde en convient, et nul ne contredit.

Molière utilise particulièrement le comique de mots dans la répétition :

 Parfois la même idée est répétée par un même personnage. C’est le cas de Dubois lorsqu’il conseille à Alceste de partir (acte IV, scène 4, v. 1436-1446) :

ALCESTE

Que veut cet équipage, et cet air effaré ?

Qu’as-tu ?

DU BOIS

Monsieur …

ALCESTE

Hé bien !

DU BOIS

Voici bien des mystères.

ALCESTE

Qu’est-ce ?

DU BOIS

Nous sommes mal, Monsieur, de nos affaires.

ALCESTE

Quoi ?

DU BOIS

Parlerai-je haut ?

ALCESTE

Oui, parle, et promptement.

DU BOIS

N’est-il point là quelqu’un…

ALCESTE

Ah ! Que d’amusements !

Veux-tu parler ?

DU BOIS

Monsieur, il faut faire retraite.

ALCESTE

Comment ?

DU BOIS

Il faut d’ici déloger sans trompette.

ALCESTE

Et pourquoi ?

DU BOIS

Je vous dis qu’il faut quitter ce lieu.

ALCESTE

La cause ?

DU BOIS

Il faut partir, Monsieur, sans dire adieu.

ALCESTE

Mais par quelle raison me tiens-tu ce langage ?

DU BOIS

Par la raison, Monsieur, qu’il faut plier bagage.

 Parfois Philinte rétorque avec humeur, montrant ainsi l’inadéquation du propos (acte I, scène 1, v. 29-32) :

PHILINTE

Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable,

Et je vous supplierai d’avoir pour agréable

Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt,

Et ne pende pas pour cela, s’il vous plaît.

 Célimène agit de même en reprenant mot pour mot les paroles d’Arsinoé et en remplaçant seulement " l’âme " par " aussi " ce qui fait qu’elle retourne les propos de la fausse prude contre elle-même (acte III, scène 4, v. 909-912 et 957-960) :

ARSINOé

Madame, je vous crois l’âme trop raisonnable

Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,

Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets

D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.

CéLIMèNE

[…]

Madame, je vous crois aussi trop raisonnable

Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,

Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets

D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.

2 - Le comique de double sens

C’est un procédé stylistique qui permet à une personne d’exprimer ses sentiments défavorables envers une autre personne. Pour ce faire, elle invente un groupe de personnes qu’elle aurait surprises en train de raconter des choses défavorables au sujet de l’autre personne.

Cette personne peut avoir recours à ce procédé pour exprimer ses sentiments tout en gardant la sympathie de l’interlocuteur. On peut voir cela dans :

ARSINOÉ

Hier, j'étais chez des gens de vertu singulière,

Où sur vous du discours on tourna la matière ;

Et là, votre conduite, avec ses grands éclats,

Madame, eut le malheur qu'on ne le loua pas.

(acte III, scène 4, vers 885-888).

Ici, Arsinoé utilise le groupe de personnes pour pouvoir exprimer son désaccord avec Arsinoé, mais tout en gardant sa sympathie.

Mais à l’acte III, scène 4, vers 921-926, on peut se rendre compte que Célimène aussi l’utilise de façon aussi hypocrite.

CÉLIMÈNE

En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite,

Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite,

Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien,

Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien.

Là, votre pruderie et vos éclats de zèle

Ne furent pas cités comme un fort bon modèle.

Ce procédé était souvent utilisé car il permettait d’exprimer ses sentiments de façon hypocrite ce qui permettait de garder la sympathie de l’interlocuteur.

3 - Le comique du burlesque

Je vais vous présenter le comique du burlesque dans Le Misanthrope, pour cela je vais vous lire le passage vers 695-730 de l'acte II, scène 4.

CLITANDRE

Pour moi, je ne sais pas, mais j'avouerai tout haut

Que j'ai cru jusqu'ici Madame sans défaut.

ACASTE

De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue ;

Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

ALCESTE

Ils frappent tous la mienne ; et loin de m'en cacher,

Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.

Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte ;

à ne rien pardonner le pur amour éclate ;

Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants

Que je verrais soumis à tous mes sentiments,

Et dont, à tous propos, les molles complaisances

Donneraient de l'encens à mes extravagances.

CÉLIMèNE

Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs,

On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs,

Et du parfait amour mettre l'honneur suprême

à bien injurier les personnes qu'on aime.

éliante

L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,

Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix ;

Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,

Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable :

Ils comptent les défauts pour des perfections,

Et savent y donner de favorables noms.

La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;

La noire à faire peur une brune adorable ;

La maigre a de la taille et de la liberté ;

La grasse est dans son port pleine de majesté ;

La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,

Est mise sous le nom de beauté négligée ;

La géante paraît une déesse aux yeux ;

La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;

L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;

La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne ;

La trop grande parleuse est d'agréable humeur ;

Et la muette garde une honnête pudeur.

C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême

Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.

Le burlesque est un procédé stylistique qui apparaît chaque fois que se développent des effets risibles de contrastes et de ridicule. Visible dans le mélange des tons et dans la cohabitation du tragique et du comique qui viennent se contester mutuellement. À l'époque où écrivait Molière, le mot comique n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui, pièce comique voulant dire : pièce se terminant par un événement heureux. En fait le burlesque va jouer sur de petits détails. Dans cette pièce, les exemples de burlesque sont nombreux mais le plus représentatif est dans le passage que je vous ai lu. Dramatique car Alceste apprend que Célimène le trompe avec plusieurs amants, et qu’en aucun cas elle ne les quitterait pour lui. Le burlesque apparaît v.717-718 lorsque éliante démontre avec malice les contradictions entre les défauts de la femme aimée et les qualités qu'en fait l'amant. Ainsi :

La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;

La noire à faire peur une brune adorable.

On peut donc s’apercevoir que Molière utilise ici un comique assez fin et difficile à repérer. Ce comique est différent de celui que l’on peut trouver dans Les Fourberies de Scapin, où l’on peut observer un rire franc de la part des spectateurs alors que pour Le Misanthrope c’est un rire intérieur qui apparaît, il faut donc être très attentif aux personnages et à leurs répliques.

 

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7. Est-ce que l’'honnête homme est un homme honnête ?

Générique …

Bonjour ! et bienvenue sur le plateau de votre émission de télévision favorite : Le Misanthrope Show ! Le thème de notre émission aujourd’hui est : " L'honnête homme est-il un homme honnête ? ". Et ceci bien entendu dans cette superbe pièce, Le Misanthrope de Molière. Pour répondre à cette question voici nos invités ! Applaudissez-les bien fort ! Tout d’abord voici Sophie, psychiatre, ensuite Caroline, psychologue, Ludovic, écrivain, et notre invité mystère !

Je passe mon micro à Sophie sous vos applaudissements chaleureux !

Bonjour, je m'appelle Sophie, je suis psychiatre, spécialiste en complexe d'Alceste. Donc je vais vous parler de lui.

Alceste est le seul être franc de la pièce du Misanthrope, au v.1087, acte III, scène 5, il dit :

Être franc et sincère est mon plus grand talent

et qui refuse l’art de plaire, par exemple aux v. 35 et 36, acte I, scène1 :

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,

On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

Pour exprimer ses idées, il est presque toujours direct sauf quelques fois, où il utilise l’art de dire sans dire comme dans l’extrait du v. 341 au v. 376, acte I, scène 2 :

ALCESTE

Monsieur, cette matière est toujours délicate,

Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.

Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,

Je disais, en voyant des vers de sa façon,

Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire

Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ;

Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements

Qu'on a de faire éclat de tels amusements ;

Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,

On s'expose à jouer de mauvais personnages.

ORONTE

Est-ce que vous voulez me déclarer par là

Que j'ai tort de vouloir...?

ALCESTE

Je ne dis pas cela ;

Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme,

Qu'il ne faut que ce faible à décrier un homme,

Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités,

On regarde les gens par leurs méchants côtés.

ORONTE

Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?

ALCESTE

Je ne dis pas cela ; mais, pour ne point écrire,

Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps,

Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.

ORONTE

Est-ce que j'écris mal ? et leur ressemblerais-je ?

ALCESTE

Je ne dis pas cela ; mais enfin, lui disais-je,

Quel besoin si pressant avez-vous de rimer ?

Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?

Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre,

Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.

Croyez-moi, résistez à vos tentations,

Dérobez au public ces occupations ;

Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme,

Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme,

Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur,

Celui de ridicule et misérable auteur.

C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.

ORONTE

Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre.

Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...?

ALCESTE

Franchement, il est bon à mettre au cabinet.

Au départ, Alceste se défile. Pour ne pas vexer Oronte, il lui parle d’une autre personne qui avait le même comportement que lui mais comme Oronte ne comprend pas, il finit par lui dire franchement le fond de sa pensée.

Donc, selon Alceste, l’honnête homme est bien un homme honnête.

Malheureusement, son idéal de sincérité, à son époque, est un signe d’étrangeté et de folie, comme le dit Philinte, du v. 102 au v. 108, acte I, scène 1 :

Non ! tout de bon, quittez toutes ces incartades.

Le monde par vos soins ne se changera pas ;

Et puisque la franchise a pour vous tant d'appas,

Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez, donne la comédie,

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

C’est ce qui entraînera sa misanthropie.

Voilà, maintenant j'aimerais juste passer un petit bonjour à ma famille, mon père, ma mère, mes 5 frères, mes 3 sœurs et à tous les amis qui m'ont aidée et qui m'ont encouragée à faire cette émission…

Merci…Snif… Merci à tous…Snif

*

(Cécile, la présentatrice, arrache le micro des mains de Sophie) :

Tour de Caroline pour présenter les marquis : Applaudissez-la bien fort !

Voici maintenant Caroline !

La comédie des masques.

Le motif du masque, lié à la thématique de la duplicité et du mensonge (duplicité : c’est le caractère de quelqu’un qui présente intentionnellement une apparence différente de ce qu’il est réellement), est récurrent dans Le Misanthrope de Molière. La référence au masque passe par l’emploi métaphorique du terme : vers 125, acte I, scène 1 :

Au travers de son masque on voit à plein le traître.

La dialectique du masque et du vrai visage permet à Molière de reprendre l’opposition traditionnelle entre l’être et le paraître. Le masque et l’art de plaire aliènent la parole et le cœur des personnages, ce qui les empêche d’accéder à une communication authentique. Mais si le terme de masque n’apparaît que dans la phrase d’Alceste, c’est Célimène qui utilise le plus habilement les différents masques.

*

Maintenant laissons place à Ludovic ! Sous vos applaudissements chaleureux !

Bonjour je suis un écrivain et j'adore Molière, particulièrement Célimène dont je vais vous parler.

C'est une comédienne, qui joue des rôles suivant la personne à qui elle parle. Elle est très hypocrite. Voir la scène des billets, acte V, scène 4, entre les v. 1691 et 1692.

Elle se fait prendre en flagrant délit de mensonge. Le fait de mentir lui donne l'impression d'être supérieure. Célimène se plaît dans l'indécision de déclarer sa flamme (comme a dit Gide : "Choisir c'est se priver." !). Elle vit les relations amoureuses comme un jeu : pour Célimène, l'honnête homme c'est l'art de plaire à tout le monde. Elle n'est que ces masques qu'elle adopte tour à tour pour qui la regarde et qui l'écoute. Et pour nous spectateur, rien n'apparaît derrière le masque, sinon à la fin l'amour de ce masque.

Donc pour elle, l'honnête homme n'est pas un homme honnête.

*

Voici le tour de notre invité mystère qui n’est autre que… moi-même ! Applaudissez bien fort !

Hé oui, j’aime tellement mon émission que j’ai décidé de m’y inviter ! Je me suis intéressée au personnage de Philinte. Philinte ressemble beaucoup à Célimène, en effet, il est comme elle hypocrite et cherche à plaire. Pour lui, l’honnête homme doit avoir un comportement de bonté, d’amour et de générosité. Il pense que pour se faire aimer tous les moyens sont bons, car plaire c’est faire sa cour, c’est une démarche de courtoisie, de politesse. Pour Philinte, distribuer des louanges fait partie du code mondain. Voici un extrait du Misanthrope de Molière, du vers 65 au vers 88, acte I, scène 1 :

PHILINTE

Mais quand on est du monde, il faut bien que l'on rende

Quelques dehors civils que l'usage demande.

ALCESTE

Non, vous dis-je, on devrait châtier sans pitié

Ce commerce honteux de semblants d'amitié.

Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre

Le fond de notre cœur dans nos discours se montre,

Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments

Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

PHILINTE

Il est bien des endroits où la pleine franchise

Deviendrait ridicule et serait peu permise ;

Et parfois, n'en déplaise à votre austère honneur,

Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur.

Serait-il à propos et de la bienséance

De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ?

Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît,

Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?

ALCESTE

Oui.

PHILINTE

Quoi ? vous iriez dire à la vieille Émilie

Qu'à son âge il sied mal de faire la jolie,

Et que le blanc qu'elle a scandalise chacun?

ALCESTE

Sans doute.

PHILINTE

À Dorilas, qu'il est trop importun,

Et qu'il n'est, à la cour, oreille qu'il ne lasse

À conter sa bravoure et l'éclat de sa race ?

ALCESTE

Fort bien.

PHILINTE

Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point,

Et je vais n'épargner personne sur ce point.

Dans ce passage, Philinte dit à Alceste que s’il " ment ", c’est pour se faire bien voir, pour ne pas choquer les gens. Ainsi, la définition de l’honnête homme de Philinte rejoint celle de Célimène — sauf que lui ne s’en amuse pas.

*

Revoici Caroline ! Applaudissez-la de nouveau !

Les marquis :

Comme Philinte, ils aiment plaire, mais sont très vaniteux. Extrais, vers 781 à 804, acte III, scène 1 :

ACASTE

Parbleu ! Je ne vois pas, lorsque je m'examine,

Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine.

J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison

Qui se peut dire noble avec quelque raison ;

Et je crois, par le rang que me donne ma race,

Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe.

Pour le cœur, dont sur tout nous devons faire cas,

On sait, sans vanité, que je n'en manque pas,

Et l'on m'a vu pousser, dans le monde, une affaire,

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière.

Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût

à juger sans étude et raisonner de tout,

à faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,

Figure de savant sur les bancs du théâtre,

Y décider en chef, et faire du fracas

à tous les beaux endroits qui méritent des has.

Je suis assez adroit ; j'ai bon air, bonne mine,

Les dents belles surtout, et la taille fort fine.

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter,

Qu'on serait mal venu de me le disputer.

Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être,

Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître.

Je crois qu'avec cela, mon cher Marquis, je crois

Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.

Plaire et dissimuler l’intention sont les devoirs des marquis car un honnête homme est un prestigieux courtisan qui a de bons rapports avec le roi :

S'il faut faire à la cour pour vous quelque ouverture,

On sait qu'auprès du Roi je fais quelque figure.

(vers 289 à 290, acte I, scène 2),

car ils ont pour préoccupation essentielle de paraître au lever et au coucher du roi :

CLITANDRE

Moi, pourvu que je puisse être au petit couché,

Je n'ai point d'autre affaire où je sois attaché.

(vers 739 à 740, acte II, scène 1).

En conclusion, on peut dire que chaque personnage du Misanthrope de Molière a une définition différente de ce qu’est l’honnête homme, mais pour la majorité, ce n’est pas un homme honnête mais un masque reflétant l’art de plaire.

*

Tous les invités étant passés, voici la fin de notre émission. J’ai été ravie de vous avoir aujourd’hui sur ce plateau, j’espère que c’était réciproque et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau Misanthrope Show !

Applaudissez-les tous bien fort !

* * *

*

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par Basile - le 23 mars 2001 -


  • > Molière, LE MISANTHROPE., le 11 novembre 2003, par JIRET

    sur quel ton clitandre s’est-il adressé à son ami ? QUelle EST SONT ATTITUDE LORSqu’il écoute le discours d’Acaste ?



    • Molière, LE MISANTHROPE., le 11 novembre 2003, par Basile

      Visiblement, ce n’est pas dit dans le texte ! Comment le savoir alors ? D’ailleurs, Clitandre existe-t-il, d’abord ? Où habite-t-il ? Peut-on s’adresser à lui, lui envoyer du courrier ? Répondra-t-il ? De même, a-t-il des amis ? Peut-on s’adresser à eux ?

      Dans le doute, libre à chaque spectateur d’interpréter comme il l’entend - enfin : pas tout à fait cependant : libre à lui d’interpréter, à la condition expresse qu’il respecte les indications du texte (sinon, tout est contre-sens).

      Évidemment, on peut être aidé dans ce travail par les apports des metteurs en scène, au théâtre ou au cinéma. Leur interprétation de la pièce est un élément de discussion (et non un argument d’autorité) dont tout spectateur peut tenir compte.

      Bon(s) spectacle(s) !





  • > Molière, LE MISANTHROPE., le 5 juillet 2005

    Excellent ! Félicitations à tous les auteurs vous êtes de grands analystes !



    • > Molière, LE MISANTHROPE., le 8 janvier 2007

      j’avoue il est facile a comprendre en plus et marrant pour une fois qu’on s’ennuie pas



  • > Molière, LE MISANTHROPE., le 17 janvier 2007, par M_J

    Excellent ! Merci Basile, tu m’aide beaucoup dans mes recherches !



    • > Molière, LE MISANTHROPE., le 11 mars 2007, par aliook

      Je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis qu’Acaste et Clitandre sont des personnages jumeaux car cela voudrait dire qu’ils ont le même caractère, la même façon de penser, ce qui n’est pas tout à fait vrai. D’ailleurs la réplique de Clintandre face à l’autosatisfaction d’Acaste (et qui n’a pas besoin de didascalies -contrairement à ce que tu dit- pour être interprétée car elle est très claire) le montre bien : "Crois-moi, détache-toi de cette erreur extrême : / Tu te flattes, mon cher, et t’aveugles toi-même ". De plus, cela ne peut pas être en relation avec la rivalité puisque sur ce point ils n’ont pas la même façon de penser et donc ne visent pas le même but.

      A par ça félicitation pour ton travail qui est très bien, surtout l’idée d’étudier la critique des mœurs à travers les personnages d’Acaste et de Clitandre car tu pressentes les personnages par la même occasion : très astucieux.





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