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(5) Zola, L’Assommoir - la montée interminable

Fin du chapitre 2 - Texte p. 62-63 (l’escalier) : « Cependant, ils s’étaient engagés sous la porte ronde [...] Oh ! c’est un voyage ! »

Passage extrait de la fin du chapitre 2 : Gervaise et Coupeau sont sur le point de se marier - et Coupeau vient présenter sa future épouse à sa famille, les Lorilleux. Ce qui nous est décrit ici, c’est la montée interminable des marches d’escalier menant à leur appartement situé au 6ème étage.

L’escalier ou les symboles d’une quête difficile :

- L’escalier qui mène chez les Lorilleux apparaît comme le symbole d’une quête difficile, peut-être celle du bonheur pour Gervaise.
- L’image de l’étoile tremblotante dans un ciel noir à la ligne 8 pourrait être interprétée comme un signe prémonitoire : est-ce le symbole du destin de Gervaise ? Un destin assez noir lui aussi puisque notre héroïne va connaître la misère, le froid.
- Les longues clartés (l. 9) dessinées par les deux autres becs de gaz : l’image du bref bonheur qu’aura connu Gervaise dans sa vie (la période où elle va enfin posséder son chez elle, sa propre boutique dans le quartier).
- La spirale interminable des marches (l.10) est à l’image de sa vie, de ses difficultés (Gervaise est ouvrière, elle travaille énormément et élève seule ses deux enfants ; pour elle, les journées peuvent sembler aussi longue que ces marches d’escalier !).
- Lorsque Gervaise se penche au-dessus de la rampe, la vue qu’elle a ressemble à un puits (ligne 60 : au fond du puits étroit des six étages).
- Le terme gouffre (l. 63 se hasardant là comme au bord d’un gouffre) symbolise peut-être son avenir avec son nouveau mari (après l’accident de travail de Coupeau, le couple va tomber dans la misère).

La description de l’escalier : un univers de saleté et de délabrement :

- Accumulation des détails : les marches sont dégoûtantes.
- Un parallèle à établir avec la première page du chapitre 1 (description de la chambre de Gervaise : une petite table graisseuse et un pot à eau ébréché et la commode à qui il manquait un tiroir ?
- Les couleurs sont sinistres :

  • Gris, sale (ligne 15)
  • Le gris de l’escalier (l. 15)
  • Le jaune des portes qui est recouvert de saleté (l. 19)
  • Le noir des serrures, celui des salissures de mains.

- Et que dire des odeurs ! Des odeurs fortes : celle de l’oignon cuit
  • ligne 17 : une violente odeur de cuisine.
  • ligne 21 :le plomb soufflait une humidité fétide. Fétide, c’est ce qui sent mauvais - dont la puanteur se mêlait à l’âcreté de l’oignon cuit.

- C’est l’univers de la boue, de l’humidité et de la graisse qui nous est dépeint ici, chaque détail concourre à cette idée : les marches graisseuses (l. 16), l’escalier sale, les murs éraflés. Les appartements, les couloirs, les portes, tout n’est que crasse dans laquelle les êtres s’engluent.
- la description de la l’hôtel où logeait Gervaise (la moisissure du plâtre, les persiennes pourries, et la puanteur qui provenait des abattoirs - début du chapitre 1).
- La saleté et l’humidité s’attaquent à tout - pas seulement aux immeubles, mais aussi aux vêtements par exemple ; dans l’extrait du chapitre 1 que nous avons étudié Zola parle de chemises et de chaussettes sales ainsi que d’un pantalon mangé par la boue.
- et le bruit !
  • Sources sonores nombreuses :
  • Ligne 22 : on entendait, du rez-de-chaussée au sixième, des bruits de vaisselle, des poêles qu’on barbotait, des casseroles qu’on grattait).
  • Les pleurs d’enfant (ligne 32)
  • Ligne 37 : une scène de ménage en direct : toute la vie de l’immeuble est rendue publique.

    Le bruit comme propagation. La notion d’intimité absente.


- le thème de l’espace = un thème cher à Zola le manque d’espace exemple à la ligne 45 : une famille, d’ailleurs, barrait le palier ; le père lavait des assiettes sur un petit fourneau de terre). L’importance cruciale de l’espace privé pour la personne. Zola nous montre la manière dont les individus occupent et s’approprient l’espace, celui-ci ne pouvant se dilater (on ne peut pas pousser les murs afin d’avoir un appartement plus grand) on prend de la place là où il y en a et c’est le cas justement de cette famille qui barre le palier au 5ème étage ! Il n’y a plus de distinction entre espace privé et espace public, les seuils ont été abolis.
- la violence comme un aboutissement : on se battait au 4ème : un piétinement dont le plancher tremblait, des meubles culbutés, un effroyable tapage de jurons et de coups - Le thème de la violence populaire est repris ici -

//la scène du lavoir (p. 31-33) où Gervaise se bat avec Virginie.

Sensibiliser l’opinion :

- Une situation insupportable : les bruits, les cris, les disputes, la saleté, les odeurs et le manque d’espace rendent la situation invivable //la sensation de malaise dont est victime Gervaise (ligne 43 : ce mur qui tournait toujours, ces logements entrevus qui défilaient, lui cassaient la tête) et ce - malgré les encouragements et les sourires de Coupeau.
- A la fin de l’extrait, le malaise progresse (ligne 57 : les jambes cassées, l’haleine courte) = il n’est pas seulement physique, il est aussi moral (ligne 62 : son visage inquiet).
- Renforcement de l’idée (ligne 60 : la vie énorme et grondante de la maison).
- La notion de malaise renforcée par la technique narrative : le point de vue de Gervaise - exemples : apercevant (l. 5) ; Gervaise aperçut (l. 25) ; elle put lire (l. 34).
- Une écriture qui donne plus de vraisemblance au récit- rien n’est figé ; impression de mouvement = une description dynamique - elle produit des effets sur les personnages (exemple ici : les bruits, les odeurs et cet escalier interminable finissent par donner le vertige à Gervaise).
- Le point de vue du personnage et la notion de malaise sensibilisent le lecteur : but ?

  • dénonciation des conditions de vie du milieu populaire du 19ème siècle = attirer l’attention du public sur certains problèmes sociaux (les logements trop petits, les immeubles insalubres délabrés qui ne sont pas dignes d’abriter des familles.

Le problème est encore d’actualité !

Une dimension tragique ?

- noter la structure du texte : Une boucle : avant de monter l’escalier = les marches ressemblent à une longue spirale (l.10) ; à présent, vus d’en haut, les six étages ressemblent à un gouffre = l’idée d’un sombre destin pour Gervaise ?
- Nous ne sommes pas arrivés, dit Coupeau : polysémie de l’expression. Gervaise n’est pas au bout de ses malheurs - pas seulement lorsqu’elle est en train de gravir les marches d’escalier, mais aussi en ce qui concerne sa vie en général.
- Le terme voyage (l. 65) symbolise son existence : une lente et difficile ascension.
- Gervaise : malgré toutes ses qualités, malgré son travail acharné, ne se sortira jamais de ses difficultés.
- Des personnages condamnés :

  • Le mot assommoir signifie également le piège.
  • Pour Zola, de telles conditions de vie avec des salaires trop bas, des logements trop petits et aucune aide sociale ne représentaient pour la classe ouvrière qu’un engrenage.

Le thème de l’escalier revient de façon obsédante : c’est l’escalier qui contient toutes les odeurs, c’est par lui que les bruits se propagent et que la violence se répand. Ce qui est dénoncé ici c’est l’entassement, la saleté qui risquent de contaminer tous les habitants.

De cet univers de saleté rien de bon ne peut sortir. Un appel aux réformes ou le cri de Zola contre les inégalités sociales, contre une société qui ne protège pas ses citoyens (aucune protection sociale : pas de protection aux ouvrières retraitées comme c’est le cas de Madame Coupeau, la belle-mère de Gervaise).


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par Martine - le 19 mai 2003 -


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