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(4) Zola, L’Assommoir - la fête de Gervaise

Chapitre 7 - Repas de la fête de Gervaise (l’oie) p. 240-242 (édition Livre de poche n°97) : « A la grande table, on respirait, renversé sur les dossiers [...] suffoqués de voir une oie pareille sur la table de la Banban ».

Extrait du chapitre 7. A l’occasion de sa fête, Gervaise décide de réunir ses amis et voisins pour un festin, c’est aussi pour elle une façon de se venger des Lorilleux en rendant ces derniers jaloux.

L’extrait se divise en 2 parties :
- la première : lignes 1 à 22 ; les invités attendent le plat principal.
- la seconde : des lignes 23 à 40 : l’arrivée triomphale de Gervaise.

La fête de tous les excès :

Petit rappel : en guise d’entrées les invités ont déjà mangé « un potage aux pâtes, un pot-au-feu, une blanquette et des petits pois au lard » !

-  Un certain humour de la part de l’auteur : Les invités sont renversés sur les dossiers des chaises (ligne 2) et sont obligés de déboutonner leur gilet (l. 3) = les ventres s’enflent de manière grotesque. Un certain côté mécanique : les mâchoires travaillent et ne s’interrompent pas même lorsque la plupart des invités font une pause (noter le verbe continuer) : ligne 6 continuaient à avaler de grosses bouchées).

-  L’état de la table :

  • à partir de la ligne 11
  • Elle a un aspect assez repoussant : la vaisselle est grasse, la nappe pleine de taches et de miettes = le laisser-aller général est flagrant, il règne un grand désordre sur la table : les invités ont mangé sans faire attention.

Des caractères de l’écriture naturaliste : une accumulation de détails avec un sens aigu de l’observation : une débandade du couvert apparut sous la vie clarté, les assiettes et les fourchettes grasses (l. 11). Ici c’est n’est pas le jugement du personnage, ce n’est pas l’opinion de Gervaise, mais celle de l’auteur.

-  la relation à la nourriture :

Les invités se font un devoir de beaucoup manger comme pour compenser les jours de disette. Dans les milieux pauvres du 19ème siècle, le fait de manger représentait un souci quotidien. + Quelques ennuis digestifs ? On laisse la nourriture se tasser (l. 7) car l’estomac est plein à craquer et surtout pour pouvoir continuer ensuite parce qu’ici le repas est loin d’être terminé, il reste encore la pièce principale du repas (une énorme oie de plus de 12 livres) ! Si c’est le thème de la nourriture est au c ?ur du texte, c’est la notion d’excès qui caractérise la fête.

- Une certaine cérémonie :

L’arrivée triomphale de l’oie ou l’art de la mise en scène : L’oie : le plat crucial du repas.

L’attente est un peu longue (effet voulu par l’auteur pour mieux mettre en valeur ce qui va suivre) : tout le monde trépigne d’impatience : les nez se tournent vers la cuisine (l. 15), les femmes se déplacent une à une (l. 20).

Dans la cuisine, autour de l’oie, c’est la curiosité qui domine : un intérêt profond (l. 21) ; une clameur s’éleva (l. 23) et les sauts de joie des enfants.

L’image d’un cortège : Gervaise arrive enfin et elle est suivie par les autres femmes. On pourrait aussi comparer Gervaise à un sportif dont la victoire est acclamée : l. 25 les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux. Mais la star de fête ce n’est pas la maîtresse de maison, ce n’est pas Gervaise, c’est l’oie. Un plat de résistance qui suscite toute la curiosité et l’admiration des invités : c’était un étonnement, une surprise respectueuse (l. 32).

L’oie fait son entrée en scène d’autant plus qu’elle est d’un poids important : on se la montrait avec des clignements d’yeux et des hochements de menton (l. 33). Après les manifestations de joie, le silence s’installe, il y a un respect pour le plat qui s’offre à leurs yeux : une surprise respectueuse, qui avait coupé la voix à la société.

Les invités constituent donc un public fasciné par le spectacle qui se déroule sous leurs yeux.

Une victoire pour Gervaise :

Il s’agit d’une revanche de la part de Gervaise dirigée contre les Lorilleux (la belle-famille qui la déteste et la jalouse). Gervaise obtient l’effet recherché : la ligne 48 [les Lorilleux sont] suffoqués de voir une oie pareille sur la table de la Banban. (Banban est le surnom que madame Lorilleux a attribué à Gervaise parce que celle-ci boite).

- Valeurs sociales du repas : Le repas comme symbole de générosité, mais aussi de réussite matérielle et de rivalité. C’était un luxe dans la société pauvre du 19ème siècle que de pouvoir offrir un repas de fête à ses invités. Gervaise ici fait une démonstration de ses largesses (l. 38 la bête était la plus belle pièce qu’elle eût trouvée chez le marchand de volailles).

L’abondance de nourriture possède aussi une grande valeur sociale : ils sont 14 invités !

Et pour conclure un mot de l’écriture de Zola :

- Mêler la langue parlée au discours de narration.
- Donner quelques exemples dans cet extrait ? Ce qui relève de la langue orale ici ? « peut-on vous donner un coup de main » (l.17). on se la montrait avec des clignements d’yeux (l. 33). Lorilleux et madame Lorilleux pinçaient le nez.

- Et ce qui relève du style narratif ? la nuit, lentement, était tombée (dans un style assez soutenu, l. 8) etc. Deux niveaux de langue savamment mêlés, c’est pourquoi Mallarmé écrivit un jour dans une lettre « [Emile Zola a réussi] une « admirable tentative linguistique ».


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par Martine - le 19 mai 2003 -


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