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(2) Zola, L’Assomoir -Description de l’immeuble

Zola, L’Assommoir, p. 53 : « Gervaise voulut l’attendre dans la rue [..] la ligne où le soleil s’arrêtait » - description de l’immeuble

Un extrait du chapitre 2 : Gervaise raccompagne Coupeau jusqu’à la maison ouvrière. Description de l’immeuble où ils vont vivre ensemble pendant plusieurs années.

L’immeuble de la pauvreté

L’immeuble comme la rencontre entre tous les personnages du roman. Le regard de Gervaise : c’est par lui que nous avons toutes nos informations,

- noter le dynamisme, rien n’est figé (le procédé d’écriture de Zola et le cinéma - un peu comme si à la place des yeux de Gervaise, on se servait d’une caméra (ligne 5 : elle leva de nouveau les yeux ; ligne 20 : du haut en bas ; ligne 22 : en bas) - donc du sol jusqu’aux fenêtres d’en haut, rien n’échappe au personnage (pensons à l’adaptation du roman au cinéma, comme pour Germinal et La Bête humaine).

Le thème de l’espace :

la 1ère phrase suggère un monde clos :

- le verbe enfermer au lieu de entourer

- ligne 6 : quatre façades régulières enfermant le vaste carré de la cour : la cour est un carré - un espace dessiné, purement géométriques, un lieu qui ne possède aucune ouverture. Un espace clos dans lequel les personnages vont être comme emprisonnés, isolés parce que sans ouverture sur le monde extérieur.

- le thème de l’espace important pour l’auteur.

- Rappeler que dès la première page, nous avons déjà cet enfermement symbolique (l’hôtel dans lequel logeait Gervaise se situait entre les abattoirs et l’hôpital de Lariboisière, et au-delà de l’hôpital il y avait un mur derrière lequel elle entendait parfois des cris d’assassinés (p. 9) et au-delà encore se situait une muraille grise).

La description de la maison est accompagnée de plusieurs qualificatifs : mangées, rayées de bavures, la fonte rouillée (ligne 7 : des murailles grises, mangées d’une lèpre jaune, rayées de bavures). Le bâtiment est vétuste et insalubre. Les couleurs présentes : Gris, jaune (associé à lèpre, donc à une maladie), vert glauque (ligne 13). Elles sont ternes, sans éclat comme si elles constituaient un mauvais présage. Plutôt que d’animer le bâtiment, d’apporter de la vie, elles l’attristent, elles viennent renforcer l’idée de pauvreté.

Le bâtiment est d’une architecture pauvre, affiche un dénuement :

- ligne 10 sans une moulure ; ligne 12 les fenêtres sans persiennes ; des vitres nues.

- l’adjectif seuls (seuls les tuyaux)

- La répétition de sans : sans une moulure, sans persienne. Un bâtiment sans aucun charme, sans ornement.

- à partir de la ligne 23 (sans boiserie, le nu du plâtre)

- la description du bâtiment comporte ici en plus le champ lexical de la saleté, de dégradation et presque d’abandon : le vestibule est lézardé (ligne 24) et les marches boueuses (ligne 25), tout concorde à l’idée de négligence.

- Noter les adjectifs dépréciatifs

Le regard du narrateur va de l’extérieur à l’intérieur :

- Noter la progression

- concerne d’abord la façade puis l’intérieur des logements : certaines fenêtres sont ouvertes et qu’est-ce qu’on peut voir ?

On dévoile son quotidien :

- d’abord c’est assez anodin, des matelas (ligne 15 : des matelas à carreaux bleus)

- ensuite ça devient plus intime : les vêtements et les sous-vêtements de toute la famille (ligne 17 : la lessive d’un ménage), ensuite on arrive ensuite à la couche de l’enfant couverte de saleté (ligne 19). Marque la progression. C’est la vie des familles qui apparaît par les fenêtres. Il s’agit d’un immeuble divisé en appartements très petits d’où cette impression de débordement et l’expression lâcher des bouts de misère (ligne 21). Donc c’est surtout la promiscuité qui est dénoncée - un appel à des mesures de la part des autorités (l’auteur a également connu des conditions de vie parfois difficiles ; lorsque son père est décédé, sa famille n’avait aucune ressource).

Les éléments qui organisent la description :

- Certains compléments : à l’intérieur (ligne 5), au troisième (ligne 19), du haut en bas (ligne 20), en bas (ligne 22)

- un regard non statique, ce n’est pas figé, la description est tout en mouvement.

Une maison qui symbolise la vie de certains travailleurs sous le Second Empire Les enquêtes de Zola avant d’écrire ses romans (il connaissait le quartier de la Goutte-d’Or / prise de notes / une documentation impressionnante sur les conditions de vie des ouvriers du 19ème siècle - il avait remarqué les logements sombres, tristes pleins d’humidité et avec un mobilier qui se réduisait au strict minimum. Certains travailleurs vivaient même dans les greniers ou les caves et travaillaient parfois sur leur lieu de vie).

La description des ateliers :

Elle contraste avec celle des logements ! - comment sont-ils ? immenses (ligne 29 : en immenses ateliers).

- très animés (noter le bruit et le mouvement)

- plusieurs métiers réunis : serrurier (ligne 30), menuisier (ligne 32), teinturier (ligne 33).

Un travail intense qui déborde jusque dans la cour qui est salie par les déchets (ligne 34 : salie de flaques d’eau teintée, de copeaux ).

Une description d’une grande richesse :

- un relevé très méticuleux, riche de détails. Cet extrait est assez typique de l’écriture de Zola qui était un fin observateur.

- Notez les comparaisons possibles avec la photo (une des passions de Zola qui possédait une dizaine d’appareils et même plusieurs laboratoires pour les agrandissements, il possédait un grand sens du cadrage et aimait prendre en photo l’activité de la rue).

Une maison comme un signe prémonitoire.

- Des significations plus symboliques (exemple, la cour liée à l’idée d’enfermement, en effet Gervaise sera comme emprisonnée dans un quartier, celui de la Goutte-d’Or qui va la rejeter lorsqu’elle sombrera dans la misère, personne, ni ses voisins ou anciens amis ne lui apporteront de l’aide lorsqu’elle sera réduite à la mendicité).

  • l’immeuble lui-même est le symbole de la pauvreté, mais pas seulement, il symbolise toutes les difficultés matérielles auxquelles Gervaise et son mari vont être confrontés : le manque d’argent, les fins de mois difficiles, les soucis pour payer le loyer etc.
  • Autres exemples (ligne 33 : le ruisseau d’un rose tendre pourrait représenter les rares moments de bonheur que connaîtra notre héroïne / la cour (ligne 37) qui est comme coupée en deux par la ligne où le soleil s’arrêtait : ce mi-ombre et mi-ensoleillement peut résumer la vie de Gervaise : son travail acharné qui la conduira à une certaine aisance matérielle provisoire : elle sera en effet propriétaire d’une boutique (pour l’ensoleillement), et l’ombre symboliserait les années difficiles (les dettes, l’accident de son mari, la déchéance, l’alcoolisme du couple).

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par Martine - le 11 mai 2003 -


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